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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 13:14

Voilà un roman que je ne parviens pas à enfermer dans la catégorie des polars tant il me paraît emprunter ses immenses qualités à plusieurs genres littéraires. J’avais trouvé son précédent roman, « Mortelle canicule », excellent. Sans hésitation, je qualifie celui-ci d’éblouissant. Une histoire magnifiquement construite et superbement écrite que j’ai lue d’une traite. On y retrouve le docteur Morland déjà présent dans « Mortelle canicule », exilé cette fois dans une des régions les plus inhospitalières du globe, surtout l’hiver, je veux parler de la Sibérie. Une région dans laquelle, malgré cela, à la suite d’un terrible drame, le docteur Morland, médecin légiste, a choisi de passer le reste de sa vie, loin des hommes, loin de tout et surtout loin de son passé. Dans une cabane de pêcheur éloignée de la civilisation, il pense avoir trouvé la sérénité. Mais la société des hommes le rattrape en la personne de deux duellistes qui viennent s’entretuer sous ses yeux. Et c’est le début des ennuis qui vont le précipiter entre les mains de la terrible police d’état russe puis, à la suite, dans un lieu d’où l’on ne revient jamais. Du moins, en principe. Ce roman est une forme de huis-clos dans lequel Morland affronte un univers impitoyable où la raison est celle du plus fort, où la vérité s’obtient par la force et où les valeurs humaines n’ont plus cours. Et, pourtant, étroitement et puissamment liés à l’histoire, s’offrent aux yeux du lecteur deux univers fascinants et presque en opposition : d’une part, celui de la terrible Sibérie où le danger et la mort rôdent en permanence et qui semble incapable de se défaire de son passé terrifiant et, d’autre part, celui de la culture russe dont le romancier, nourri aux mamelles de Dostoïevski, Tolstoï ou autres Gogol et Pouchkine, a parfaitement saisi l’âme et la restitue magnifiquement. Avec ses valeurs presque chevaleresques. Un pays paradoxal et étonnant en rupture avec notre culture et notre façon de penser d’Occidentaux.

 Le fait que Jean-François Pasques ait longuement séjourné en Sibérie explique pourquoi il fait de cette région une peinture très fidèle et de ses habitants, des personnages si vrais qu’on parvient à les voir. Au-delà de la terrible réalité que doit affronter Morland, on arrive quand même à entrevoir d’autres valeurs, celles au nom desquelles cette histoire s’achèvera sur une note d’espoir.

Pas de temps morts dans ce récit qui sait de bout en bout

tenir le lecteur en haleine. Pendant plus de deux cents pages, on fait corps avec Morland, on tremble avec lui, on souffre avec lui, on désespère comme lui puis, dans les soixante dernières pages, on se prend à espérer puis à rêver de plus en plus fort avec lui jusqu’au dénouement.

Un autre intérêt de ce roman réside dans la richesse et la clarté de l’information qu’il nous livre sur ce pays, sur son histoire récente et sur sa culture. Les notes qui figurent à la fin sont très intéressantes pour comprendre l’histoire de l’URSS et la direction impulsée par Valdimir Poutine à la Russie d’aujourd’hui. Sans jamais être nommé, Poutine est, en arrière-plan, un des personnages de ce roman.

Une lecture magnifique, une de mes plus belles et plus passionnantes depuis longtemps. Une vraie réussite et un immense coup de cœur. Chapeau à Jean-François Pasques. A lire absolument.

Le seul témoin, de Jean-François PASQUES, éditions Lajouanie, janvier 2021, 276 pages, 18 €.

 

 

 

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