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28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 16:11

Si l’on en croit ceux qui la pratiquent, la chasse à courre est un art qui répond à un rituel immuable, un ensemble de règles.fondées sur le principe général selon lequel une meute ne lâche jamais sa proie. C’est sur cette allégorie qu’est construite l’intrigue du roman de Nicolas Lebel. Mais, ici, ce ne sont pas des animaux qui font l’objet de la traque, ce sont des êtres humains.

Rompant avec son personnage récurrent, l’inénarrable Mehrlicht, Nicolas Lebel met en scène un duo de policiers qui, dans un autre registre, valent le petit homme contrefait et mal embouché auquel le lecteur s’était habitué : un commissaire profondément humain mais en proie au doute, de surcroît affublé d’un patronyme qu’il doit assumer, Starski, et une lieutenante, Chen, qui est l’archétype de l’Asiatique froide, déterminée et procédurière, une sorte de James Bond girl qui est l’antithèse de son patron. Ce duo improbable doit affronter une série de meurtres  dont les policiers se rendent compte très vite qu’ils obéissent à un schéma analogue à celui des règles de la vénerie. Les têtes de chapitre reprennent les différentes étapes du rituel de cette forme de chasse que des tueurs ont choisie pour éliminer leurs victimes. Très vite, l’enquête s’oriente vers un règlement de compte lié à un fait survenu il y a déjà une vingtaine d’années : la politique de l’apartheid pratiquée en Afrique du Sud, pays d’où sont originaires les premières victimes. L’affaire se complique avec une lutte autour de gros enjeux dans l’industrie pharmaceutique.

La lucidité et la disponibilité du commissaire Paul Starski sont mises à mal par plusieurs évènements qui surviennent dans sa vie : l’agonie de son chien qui a été empoisonné, l’annonce faite par sa femme de son intention de divorcer.et le fait que la première suspecte soit une ancienne relation amoureuse. A contrario, la lieutenante Chen, lucide et procédurière, conserve une parfaite maîtrise d’elle-même, de ses sentiments et du cours des choses. C’est elle qui prend l’initiative et dirige les premières investigations, supportant tant bien que mal les états d’âme et les entorses à la procédure de son supérieur hiérarchique.

Le gibier est un polar passionnant qui, par moments, prend des airs de thrillers et va à cent à l’heure. Pas de temps morts ; à aucun moment, on ne s’ennuie. L’écriture est belle et le récit est truffé de passages humoristiques particulièrement réussis comme la description de la fourrière où se rendent les deux enquêteurs et qui m’a provoqué un fou rire. Avec cela, l’intrigue est brillamment construite et le dénouement est inattendu.

Avec ce nouvel opus, Nicolas Lebel m’aurait presque fait oublier Mehrlicht. C'est dire. C’est une très belle réussite.

Le gibier, de Nicolas Lebel, Editions du Masque, mars 2021, 389 pages, 21 € 90.

 

 

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