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18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 15:01

Avec « Minuit dans la ville des songes », c’est à la lecture du roman de sa vie que nous invite René Frégni. Mais c’est une lecture qui n’a rien du caractère inodore, incolore et sans saveur que revêt le genre autobiographique quand, trop souvent, les auteurs se donnent le beau rôle, édulcorant la réalité en gommant les zones d’ombre et les aspérités trop vives de leur existence. C’est au contraire à un grand morceau de sincérité et à une belle tranche de vie que nous convie René. C’est le rappel sans concessions d’une enfance turbulente et d’une adolescence tumultueuse passées l’une et l’autre sur la corde raide. L’enfant, l’adolescent mais aussi le jeune adulte flirtent en permanence avec la ligne rouge qu’il leur arrive fréquemment de franchir. On ne s’ennuie pas à suivre le cours de cette existence mouvementée, régulièrement sur le fil du rasoir, confrontée à des choix déchirants, effectués le plus souvent par conviction ou par amitié. C’est l’expression d’une philosophie de la vie où René Frégni dit toute son aversion pour la société verrouillée de sa jeunesse, celle d’avant 1968, où il exprime son choix pour la liberté d’esprit et la rébellion. À l’insouciance turbulente des jeunes années, succèdent les difficultés des cavales successives pour échapper aux autorités militaires qui le traquent. En cela, c’est aussi un beau roman d’aventures car René Frégni est un personnage romanesque, un fuyard qui, dans sa clandestinité, tombe sans cesse de Charybde en Scylla. Par bonheur, il y a dans cette vie tourmentée, des intermèdes, des moments de calme qu’il vit caché dans des retraites provençales ou corses, avec la complicité de vieux amis ou d’amis de rencontre. René Frégni évoque alors avec talent ce qui fait le sel de la vie, le bonheur, l’amour et l’amitié. Car ce livre est un hymne à l’amitié et à l’amour, un hymne à l’insouciance qui s’oppose au conformisme social. C’est enfin une déclaration d’amour à la Provence et, d’une façon plus générale, à la douceur méditerranéenne qui s’opposent à Verdun et, en général à la froideur du Nord où il a connu l’enfer de la caserne et qu’il tient pour les symboles de l’endoctrinement et du conditionnement social. Pour autant, j’adresse à René un petit clin d’œil : Peut-on trouver plus beau symbole du non-conformisme et de la rébellion que Rimbaud qui, pourtant, naquit et grandit à Charleville, à peu de distance de Verdun ? À 37 ans, à la veille de sa mort, il fuyait encore la justice militaire.

Je ne peux terminer cette chronique sans évoquer l’écriture de René, toujours aussi élégante, poétique, que l’on savoure comme une friandise. Car, ce livre, c’est aussi et surtout une ode à la lecture et à l’écriture. L’histoire qu’il nous conte est celle d’une grande victoire sur le sort et d’une magnifique conquête au terme de laquelle il a accédé au statut d’écrivain reconnu. Cette autobiographie se lit comme un roman passionnant que j’ai dévoré en quelques jours et avec gourmandise dans ma retraite gersoise. Je vous recommande cette lecture comme celle de « Dernier arrêt avant l’automne ». Il est essentiel de se nourrir des œuvres des grands écrivains.

« Minuit dans la ville des songes », de René Frégni, Gallimard Collection blanche, janvier 2022, 255 pages, 19 € 50.

 

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