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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 13:44

Un roman original et quelque peu déroutant que ce polar du Croate Zoran DRVENKAR, installé à Berlin et qui, après avoir excellé dans le livre de jeunesse, se lance dans le thriller ! Quatre amis qui se débattent dans les difficultés financières et flirtent avec la drogue décident de monter une agence, nommée « Sorry », chargée de s’excuser à la place des autres. Le succès est immédiat. Ils aident des hommes d’affaires et des entreprises qui estiment s’être mal comportés avec un salarié à alléger leurs remords. Tout se passe bien jusqu’au jour où un mystérieux assassin apparemment désireux de soulager sa conscience recourt aux services du quatuor. En apparence seulement car tout se complique très vite et leurs ennuis commencent. L’idée est plutôt prometteuse et le texte de la quatrième de couverture alléchant. De façon originale, dans les premiers chapitres, le romancier met en place les éléments du récit en présentant successivement le crime et les quatre personnages centraux de l’histoire. L’auteur interpelle le lecteur afin de lui exposer ce qu’il découvrira et ce qu’il ne découvrira pas des personnages. Tout se passe comme dans cette forme de théâtre moderne où le spectateur est pris à parti et où les changements de décors se font à vue. L’auteur commence par exposer son matériau narratif en le mettant à plat devant les yeux du lecteur, un peu comme l’artisan qui, avant de commencer un chantier, installe son matériel et explique à son client comment il va travailler. Chacun des protagonistes de cette histoire est caractérisé de façon singulière. L’auteur fait varier les perspectives en fonction des personnages sur lesquels il braque les projecteurs. Les membres du quatuor font l’objet de chapitres qui vont en s’alternant et dont leur titre est leur propre prénom. Ils sont déclinés à la troisième personne. Les autres chapitres procèdent d’une sorte de kaléidoscope avec des perspectives temporelles différentes : avant, après, ou personnelles : toi, l’homme qui n’était pas là. L’auteur s’adresse au tueur à la deuxième personne du singulier. La deuxième personne du pluriel est réservée aux lecteurs qui sont pris à témoin. Il lui arrive même de les associer à la première personne du pluriel : « Et là, nous détournons les yeux et les oreilles. Car ceci est d’ordre privé… » Voilà pour les acteurs. Ensuite, et ensuite seulement, l’auteur passe à la construction du récit et donc de l’intrigue. Le début est donc un peu déconcertant. DRVENKAR prend bien soin de brosser un portrait détaillé de ses quatre personnages principaux et même de son tueur et agence avec méthode les éléments du décor. Si bien qu’il faut attendre 75 pages pour que tout soit en place. Mais il faut encore attendre la page 102 pour que l’intrigue prenne vraiment corps. Alors, les choses s’accélèrent. L’assassin piège le quatuor et plonge ses quatre membres dans une situation délicate. L’ensemble est servi par un style sobre et efficace qui s’apparente à celui d’un script ou de minutes d’une enquête : phrases le plus souvent simples, de structure primaire, descriptives, comme écrites sous la plume d’un reporter. Toutes ces considérations peuvent légitimer un certains nombre de critiques dont ce thriller a fait l’objet. On aime ou on n’aime pas. Le fait qu’il y ait, sous-jacente, une affaire de viol sur enfant est certes glauque mais un thriller n’est pas un roman à l’eau de rose et repose nécessairement sur un fond de violence peu ragoûtante. Il est vrai aussi que la fin du roman apporte son contingent de violence difficile à supporter. Si l’on n’y est pas préparé, il est préférable de se rabattre sur la Comtesse de Ségur. Il faut cependant reconnaître à Zoran Drvenkar un certain talent d’écrivain. Si son style est, à certains moments, dépouillé et presque journalistique, dans d’autres passages, il montre qu’il sait recourir aussi à des images puissantes pour traduire des émotions fortes. C’est une histoire violente qui narre la rencontre et l’affrontement entre des êtres hantés par la souffrance. Bourreaux ou victimes, il est souvent difficile de les catégoriser. La fin est assez surprenante.

En conclusion, un livre assez dur, un thriller fait d’une violence sourde, pétrie de douleur. Il faut pouvoir aller jusqu’au bout en raison du contenu mais aussi de la longueur ( 496 pages ). Ames sensibles, s’abstenir.                        

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