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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 09:21

J'avais annoncé que je tiendrais une sorte de journal de l'écriture de mon prochain polar "Les bavardes". Chose promise, chose dûe. Voici un article relatant la méthode d'élaboration du récit des "Bavardes".108_1031.JPG

 

La technique de construction des « Bavardes ».

Les peintres ont leurs techniques, les romanciers aussi. J’emploie à dessein le pluriel car je n’ai jamais employé la même technique pour chacun de mes six polars déjà écrits, publiés ou non. Je ne parle pas de la technique du récit proprement dit qui peut se ressembler d’un roman à l’autre. Ainsi, Le secret des Toscans, Portrait-robot et Rejoins la meute ( A paraître ) reposent-ils sur la juxtaposition de deux, voire de plusieurs récits, chronologiques ou non. 24 et Le Christ jaune suivent eux une trame essentiellement chronologique.

Plus que de la structure du récit lui-même, je veux parler de la méthode de préparation de la phase d’écriture, ce prologue au cours duquel il s’agit d’élaborer, pour reprendre une terminologie qui m’est désormais propre et empruntée aux formalistes, la fable et le sujet ou, en d’autres termes, d’une part, l’histoire telle qu’elle pourrait être résumée et, d’autre part, le récit tel qu’il se déroule au fil des chapitres. Je recours la plupart du temps à un support matériel très vaste, fait généralement d’au moins une dizaine de feuillets A 4 assemblés par du papier adhésif. Pour 24, ces feuillets entouraient un plan du vieux Paris. J’y fais apparaître, sous la forme d’un schéma, la structure du récit. Le plus souvent, ce travail procède d’un tâtonnement, d’essais et de rectifications successifs ; je travaille au crayon de papier, je gomme, je recommence, généralement sur une feuille de format A3. Puis, quand j’ai trouvé la bonne trame, je mets en place l’assemblage de feuilles A4 sur lesquelles l’histoire va prendre forme. Jusqu’à présent, je recourais à un diagramme, constitué de bulles reliées par un système complexe de flèches, matérialisant les rapports entre les personnages, les évènements, les lieux. Cette architecture induisait des choix qui déterminaient ensuite eux-mêmes la chronologie du livre, l’ordonnancement des chapitres.

Finalement, pour ce nouveau roman, après moult essais de diagrammes, je me suis cantonné au seul texte. Comme le montre la photo ci-jointe, sur une succession de feuilles associées entre elles selon l’axe vertical, j’ai raconté l’histoire dans sa logique narrative, telle que personne ne la lira jamais mais telle que chacun pourrait la raconter après avoir lu le roman. Je leur ai juxtaposé à gauche une autre rangée de feuilles vierges sur lesquelles je vais renseigner deux colonnes dont le contenu sera directement en relation avec le texte de droite. Dans la première colonne, je vais indiquer à quel moment du récit chaque information doit apparaître et, dans la seconde, je vais noter les indications qui me permettront de caractériser les personnages, les lieux et les éléments dramatiques. En quelque sorte, je vais noter dans la partie gauche le script du roman, l’ordre dans lequel vont se succéder les chapitres et l’ordre dans lequel vont être introduites les informations qui, progressivement, vont soit orienter le lecteur sur une fausse piste, soit le faire progresser vers la vérité. Il y aura deux chronologies différentes : à droite, celle de l’histoire et, à gauche, celle du récit. C’est un travail essentiel pour fabriquer le suspense et l’entretenir. C’est l’aspect le plus difficile de la construction du polar. Le travail d’écriture, au sens de rédaction, n’est plus rien, une fois que cette phase préalable est assurée. Le texte viendra tout seul. Il conviendra juste de revenir sur quelques points de vocabulaire et de style, en quelque sorte de peaufiner le texte.

Dans ce nouveau polar, les personnages vont jouer un rôle essentiel. Ils seront les supports du récit. Ils seront les piliers sur lesquels l’action va se développer. Je dois donc leur accorder une attention plus grande encore que dans mes précédents polars. A tour de rôle, ils seront en vedette, au gré des rebondissements et des fausses pistes. Au centre, il y aura Tragos, mon personnage central de « Portrait-robot » dont j’avais dit qu’il deviendrait un personnage récurrent. C’est fait. Tous les autres ne graviteront pas forcément autour de lui. L’agencement des personnages obéira un peu au principe « gigogne » mais, à la fin, tous seront en relations multiples avec les autres. C’est précisément l’enquête que va conduire Tragos qui, par couches successives, tissera ce réseau de relations et donnera corps et épaisseur au récit. D’une certaine façon, c’est un peu le même travail qu’un peintre qui place ses personnages sur la toile, leur donne une place au premier plan, au second plan ou à l’arrière plan, qui réfléchit au rôle qu’ils vont jouer dans l’équilibre du tableau et qui leur donne une posture et des couleurs adéquates. Je pense même, pour dire à quel point les situations sont analogues, qu’à partir d’une toile mettant en scène des personnages, on pourrait construire une histoire et, par conséquent, un roman. Un tableau est une narration. N’est-ce d’ailleurs pas le cas de mon roman puisque l’idée m’en est venue en regardant la toile de Noëlle Mauret-Juan qui en illustrera la couverture ?

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