Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 13:53

108_0771.JPG

Mon premier roman, « Le secret des Toscans », avait pour cadre principal la ville de SEDAN à la fin du XVIe siècle, à l’époque où celle-ci, enserrée à l’intérieur de ses murailles, à l’abri de son château-fort, était un refuge protestant. Sedan était alors une principauté où dominaient les Catholiques mais dont la famille princière ( La famille La Marck, ducs de Bouillon ) s’était convertie à la religion réformée. Entre 1572 et le début du XVIIe siècle, la ville a vu converger vers elle un afflux de réfugiés protestants fuyant les persécutions. Ils venaient essentiellement du quart Nord-est du royaume et de l’Ile de France, avec quelques exceptions issues d’autres régions de France. L’installation de ces réfugiés et leur intégration à la population locale catholique se sont faites en douceur grâce à une politique intelligente des princes et tout particulièrement de la régente Françoise de Bourbon à qui l’on doit la modernisation de la ville dans le dernier quart du XVIe siècle. La famille princière avait notamment édicté des ordonnances autorisant les émigrés à faire valoir leurs lettres de maîtrise dans la ville, fait exceptionnel à une époque où, partout ailleurs, selon une tradition bien établie, seuls les bourgeois de la ville détenaient ce privilège. Mes personnages d’origine lucquoise ( Déodatti et Burlamacchi ) ne sont pas imaginaires. Ils ont bel et bien existé. Leur présence était officiellement justifiée par les menaces que faisaient peser sur eux leur confession protestante et la politique d’exclusion conduite par la ville de Lyon où ils étaient jusque là implantés en qualité d’industriels et de banquiers. Compte-tenu de leur rôle et de leurs origines socio-professionnelles, on ne pourra m’empêcher de penser que leur venue n’a pas été uniquement provoquée par les persécutions religieuses et la nature de leur foi. Sedan, ville drapière, se trouvait sur la route de la soie qui conduisait de l’Italie aux Flandres ( Ports de la Hanse, tels Bruges et Anvers ). L’industrie de la soie étant en crise, ces hommes d’affaires avisés ont retrouvé dans le textile sedanais une occasion de réinvestir leur fortune et de relancer leur commerce en maintenant leur prospérité. En investissant dans les petites manufactures de la principauté, ils ont également contribué à leur développement et à la prospérité de Sedan. Il en est allé ainsi d’autres métiers. Il suffit d’ailleurs d’examiner avec attention la profession des émigrés qui s’installent à Sedan à partir de la Saint-Barthélemy ( Actes du Consistoire protestant de Sedan de 1572 à 1608 ) pour comprendre que leur venue dans la cité sedanaise n’est pas due au hasard mais à une politique intelligente de la part de la régente, politique qu’on qualifierait aujourd’hui d’immigration sélective. Aux arrivées massives d’artisans du bâtiment et d’autres corporations correspondent les travaux d’urbanisme entrepris par Françoise de Bourbon et l’essor de certaines fabrications.

La ville, enserrée entre ses murailles, ne peut se développer sur le plan spatial. On surélève donc les immeubles et on continue à bâtir sur le parcellaire existant, ce qui explique que, jusqu’aux travaux d’urbanisation haussmannienne du XIXe siècle, la ville a conservé la configuration que l’on retrouve sur le plan-relief ci-joint. On imagine les problèmes de promiscuité que cela a pu poser mais, malgré le fossé entre les confessions, il n’y a jamais eu de problème majeur entre les communautés, sinon quelques heurts au quotidien sans grandes conséquences. L’organisation spatiale de la ville est celle que je décris dans le roman. Sur la seconde photo ( en bas ), on distingue nettement deux quartiers séparés par la place d’Armes. A droite, le Sedan originel, celui de la fin du Moyen-âge, à vocation agricole, à gauche le quartier du Villers, datant du XVIe siècle, plus résidentiel. Au fond, on aperçoit le château-fort et ses bastions, forteresse médiévale la plus étendue d’Europe. On remarque aussi, à la gauche du château-fort, le palais moderne appelé Palais des Princes, construit vers 1610 pour abriter la famille princière en raison des conditions de vie spartiate du château primitif. Sur la première photo ( en haut ), au premier plan, on remarque les prairies de Torcy et le pont qui servait de frontière en reliant Sedan ( hors de France ) à Torcy ( au premier plan ), première ville du royaume de France. En cas de risque d’attaque, les prairies pouvaient être noyées par les eaux de la Meuse grâce à un système de vannes.

Mon héros, Jean de Minville, personnage de fiction, a séjourné dans cette ville, y a conduit son enquête. Il y a croisé des personnages bien réels, eux, dont l’existence est attestée dans les archives de Sedan, comme le Conseiller L’Alouette par exemple ou encore le céramiste Bernard Palissy dont l’atelier se trouvait hors des murailles, dans le faubourg qu’on appelait Du ménil et, bien sûr, la régente Françoise de Bourbon. Cette famille, pourtant protestante, était très proche de la famille royale. Le 23 août 1572, alors qu’ils se trouvaient au Louvre pour le mariage de Henri de Navarre avec la future reine Margot, Catherine de Médicis leur a permis d’échapper aux massacres en les aidant à fuir par la Seine. Cet évènement est mentionné dans mon roman 24. L’ambigüité des relations entre la famille de Bouillon et la famille royale est aussi l’un des ressorts de l’intrigue du Secret des Toscans.

 Greffer sur des lieux et des personnages réels des évènements et des personnages de fiction et réussir à faire prendre cette greffe, tel est l’un des objectifs de mon entreprise d’écriture lorsque je m’attaque à un roman historique. Ce fut aussi le cas pour 24.

Aujourd’hui, les murailles n’existent plus ( Elles ont été démantelées à la fin du XIXe siècle ) et les bastions dont on devine aujourd’hui encore la trace sont recouverts de pavillons et d’immeubles modernes. Mais la vieille ville a gardé sa configuration et son caractère historique au travers de son riche patrimoine architectural. Le plan-relief ci-joint est exposé dans une salle du château-fort, devenu un musée aussi intéressant à découvrir que les fortifications qui datent de 1430 pour les plus anciennes.

La maquette, représentant Sedan vers 1840, est l’œuvre de Jean-Jacques DROMBY.

108_0772.JPG

Partager cet article
Repost0

commentaires

Issn 2267-0947

  • : Le blog de ma fabrique de polars
  • : J'écris et je publie des polars, ou des thrillers, selon les préférences. Ce blog est destiné à les présenter, à évoquer mon activité d'écriture et à publier mes coups de coeur.
  • Contact

Recherche