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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 14:08

le-christ-jaune.jpgLe 7 décembre, je dédicacerai entre autres Le Christ jaune, mon deuxième polar publié en 2010. En voici un extrait pour vous donner l'envie de le lire si ce n'est pas encore fait. Le fil de l'intrigue conduit mon personnage principal aux quatre coins de la France et de l'Europe. Dans cet extrait, il décide de passer la nuit dans le musée du Belvédère à Vienne où il pressent qu'un "casse" va se produire :

Vienne, le 25 mars 2009, 22 heures

Dans un premier temps, François Lemel avait fixé son attention sur les écrans reliés à des caméras chargées de filmer les endroits stratégiques du musée. Ils renvoyaient les images d’un lieu que la nuit avait figé. Chaque salle, chaque couloir, chaque carrefour de circulation était visualisé. Personne ne pouvait se mouvoir à l’intérieur du bâtiment sans être vu. Le moindre mouvement aurait été détecté. Un rayon laser courait, de capteur en capteur, tout autour de chaque salle empêchant quiconque de s’approcher des tableaux sans déclencher une alarme stridente capable de tirer de leur sommeil les habitants du quartier. Cet endroit semblait plus inviolable que le tombeau d’un pharaon. François Lemel était resté de longues minutes figé dans la contemplation de cet univers immobile avant de laisser son regard glisser ailleurs, comme on le fait lorsqu’on se lasse de regarder par une fenêtre derrière laquelle rien ne se passe. Les deux gardiens se tenaient assis devant leur immense tableau de commande dont les dizaines de leds vertes allumées témoignaient ainsi du fait que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les rondes étaient programmées toutes les deux heures et duraient invariablement une vingtaine de minutes, le temps de parcourir à pas normaux un circuit qui couvrait les trois étages, constitués chacun de deux galeries parallèles que séparait un couloir et de quatre salles réparties deux à deux à chaque extrémité. Le Baiser de Klimt ou sa copie se trouvait dans l’une de ces salles, au second étage. La caméra ne permettait d’entrevoir que son tiers gauche mais il était visible et, régulièrement, François Lemel accordait à cet écran une attention plus soutenue. Chaque ronde était effectuée par un seul gardien qui, immuablement, commençait par l’extrémité est du rez-de-chaussée pour revenir par le côté ouest après avoir descendu les cent-vingt marches d’un escalier monumental. Le gardien resté dans la salle de contrôle voyait, à intervalles rapprochés, passer alternativement sur les différents écrans la silhouette de son collègue qui, de temps en temps, lui lançait un signe qui voulait dire « Tout va bien ». La première ronde démarrait à neuf heures et la dernière à cinq heures. François Lemel avait obtenu le droit d’accompagner le plus jeune des vigiles pour la ronde de onze heures. Dans le silence et la semi-obscurité, le musée vide devenait un lieu glacial et menaçant, un lieu hostile dans lequel rien n’était plus certain et où l’imagination se débridait. On imaginait aisément les faunes des tableaux sortir de leur toile pour danser un ballet diabolique ou encore Diane chasseresse vous décocher une flèche en plein cœur. Lemel dont la jeunesse avait été marquée par le feuilleton Belphégor sentait remonter à la surface de vieilles peurs qu’il croyait disparues. Le halo de la lampe-torche du gardien promenait sur le plancher luisant son balayage régulier. En revenant dans la salle de contrôle, l’homme nota sur un registre l’heure de fin de ronde et une courte mention pour indiquer que tout allait bien.

La fatigue commença à se faire réellement sentir sur le coup des deux heures. Les deux gardiens avaient acquis un biorythme qui les mettait à l’abri d’un coup de pompe, tout au moins le croyaient-ils, mais ce n’était pas le cas du galeriste qui repoussait autant qu’il le pouvait le moment où il allait devoir s’allonger sur la couche de fortune qu’on avait préparée à son intention. La nuit avançait sans que rien ne se passât et François Lemel commençait à s’interroger sur le bien-fondé de son analyse et de leur présence dans cette ville. Il avait été convenu de laisser les téléphones portables branchés et il savait qu’à tout moment, il pouvait appeler Mirecourt, comme celui-ci s’était également engagé à le faire.

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