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3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 20:09

J'ai lu un jour sous la plume du chroniqueur Laurent Greusard cette distinction pertinente entre deux types de polars : "Il est des romans noirs tendus vers leur fin, obnubilés par l'action et les coups d'éclat des forces qui s'opposent. Et puis, il est une tradition, plus lente, plus méditative et plus poétique, où le policier se promène, ausculte les cœurs et les reins, baguenaude entre les crimes pour cerner au plus près la vérité." Sans conteste, Munera relève de la première catégorie. Il y a en permanence de l'action, du mouvement, il faut même se cramponner tant ça déménage et tant on passe sans prévenir d'un endroit du globe à un autre. On y retrouve les héros de Haïku, Larcher et Lucchi, deux flics qui vont devoir enquêter dans l'univers féroce des combats clandestins qui prennent l'allure de combats de gladiateurs ou d'affrontements de samouraïs. C'est bourré de références à l'Antiquité, aux arts martiaux et à l'opéra. On y devine un travail de recherche et de documentation énorme. Tout part de la découverte, dans la baie de Nice, d'un cadavre accompagné d'un coq, d'un singe, d'un chien et d'un serpent. Pour aboutir dans leur enquête, Larcher et Lucchi n'ont d'autre choix qu'un opération d'infiltration dans cet univers impitoyable des combats clandestins. Moi qui a priori, cultive plutôt un penchant pour la seconde catégorie de polars ( mes romans en témoignent ), j'ai été séduit par cette construction phénoménale, ce récit dantesque, le travail sous-jacent qui est énorme et la belle écriture de Eric Calatraba.

 

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25 février 2020 2 25 /02 /février /2020 10:10

Les chroniques élogieuses se succèdent. "La caresse des orties" a pris un excellent départ. Voici la dernière critiques en date. 

"Je viens de terminer à l'instant cet ouvrage

Décidément le talent d'écrivain de Jean-Michel Lecocq me fascinera toujours. Dans ce dernier opus (le dixième) passionnant et foisonnant de détails phénoménaux sur une histoire de famille entre le sud-ouest et ses Ardennes natales qu'il sait si bien mettre en valeur, l'auteur nous plonge dans une aventure dont on a du mal à se détacher. On aime une fois de plus ses personnages... l'écriture est fluide et l'intelligence des intrigues fait de nous lecteurs, des enquêteurs ... en lisant je faisais ma propre enquête (comme toujours) ... en me trompant ... voilà un ouvrage remarquable un polar mais pas que ... car on y découvre également l'amour des Ardennes pays d'enfance de Jean-Michel Lecocq qu'il nous fait partager avec bonheur ... cette lecture fut un vrai régal ... à découvrir d'urgence ! Précipitez vous dans une librairie pour découvrir tous ses ouvrages vous ne serez pas déçus ! voilà"

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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 05:34

LA LETTRE 

 

Vendredi 5 juillet,

    Des locataires devaient arriver le lendemain pour passer une quinzaine de jours à Sainte-Maxime, dans l’une des plus agréables stations balnéaires de la côte méditerranéenne. Ils avaient loué l’appartement depuis plusieurs mois et, comme à son habitude, Daniel Enoch mettait à profit la journée qui précédait leur arrivée pour vérifier que tout était bien en ordre dans le coquet T2 dont il était propriétaire dans une résidence prisée des touristes car calme, bien entretenue, équipée d’un ascenseur et d’un garage et proche de la plage et des commerces. L’appartement que Daniel avait acquis avec l’argent de l’héritage de ses parents se situait au deuxième étage et possédait, outre une immense terrasse, toutes les commodités propres à offrir aux locataires un séjour des plus agréables. Les recettes qu’il tirait de ces locations saisonnières lui permettaient de compléter les revenus modestes et irréguliers de son cabinet d’enquêtes en tous genres. Car, on l’aura compris, Daniel Enoch exerçait la profession de détective privé dans la bonne ville de Draguignan distante d’une trentaine de kilomètres, de l’autre côté du massif des Maures.

    Il était tout près de dix heures lorsqu’il arriva dans le hall devant la porte principale de l’immeuble. Par acquit de conscience, il ouvrit la boîte à lettres de l’appartement 116, le sien. Comme il était de coutume, il s’attendait à retrouver le même lot de publicités, d’offres de rachat déposées par des agences immobilières et, éventuellement, le bulletin municipal de la ville.

    Quelle ne fut pas sa surprise de trouver, au-dessus du monceau habituel de prospectus sans intérêt, une enveloppe blanche cachetée sur laquelle figuraient un nom et une adresse. Il eut vite fait de constater qu’il n’était pas le destinataire de ce courrier qui avait dû atterrir là à la suite d’une erreur de l’agent des postes. Il était vrai que son nom n’apparaissait pas sur la boîte à lettres, seul y figurait le numéro de l’appartement. Cela tenait au fait qu’il ne recevait jamais aucun courrier à cette adresse et que par conséquent, la mention de son nom apparaissait inutile. C’était sans doute là la cause de la méprise du postier.

    Le courrier était destiné à une certaine Maggy Cornet. A l’exception de ces indications patronymiques, le nom de la résidence était le bon, le nom de la rue, le numéro de la résidence et celui de l’appartement aussi. La résidence des Camélias comportait deux blocs d’appartements, le 1 et le 2, dont la numérotation était identique. La destinataire de la missive devait occuper l’appartement 116 du second bloc, d’où la confusion opérée par le facteur. Sur l’enveloppe, il n’était pas précisé Les Camélias 1 ou Les Camélias 2. Simplement résidence Les Camélias. C’était aussi simple que ça.

    Maggy Cornet. Ce nom n’était pas inconnu de Daniel mais il avait beau interroger sa mémoire, celle-ci refusait obstinément de lever le voile sur un visage, sur une circonstance, un lieu, un évènement. Ce dont il était certain, c’est que cette femme n’avait jamais fait partie de sa clientèle, même dans un passé lointain. Il l’avait rencontrée dans d’autres circonstances mais il était incapable de dire où et quand et, surtout, à quel propos.

    Il était allé jeter l’ensemble des prospectus dans le container destiné au recyclage du papier et, à présent, il tenait à la main la fameuse enveloppe sur laquelle il avait beau lire le nom de la destinataire, aucun souvenir ne remontait à la surface. Que faire ? Si l’adresse de l’expéditeur avait figuré au dos, il aurait pu tout simplement, comme cela lui était arrivé maintes fois, inscrire la mention « inconnue à l’adresse indiquée, retour à l’expéditeur » et glisser l’enveloppe dans la boîte aux lettres qui se trouvait devant le bureau de poste, à une trentaine de mètres de la résidence. C’est alors qu’il prit conscience de l’incongruité de cette idée. En effet, il n’y avait aucun timbre sur l’enveloppe. On l’avait simplement glissée dans sa boîte à lettres et, de toute évidence, ce ne pouvait être le fait du facteur. C’était sans doute l’expéditeur lui-même qui avait déposé cette missive. Ou un coursier quelconque. Il ne servirait à rien de la réexpédier. Le problème demeurait entier.

    L’espace d’un instant, il songea à se débarrasser sans autre forme de procès de cette enveloppe encombrante en la glissant elle aussi dans le container à papier. Puis, se ravisant, il songea qu’elle renfermait peut-être quelque chose d’important qui pouvait avoir une incidence capitale sur la vie de la dénommée Maggy Cornet. Il ne lui restait plus qu’à se rendre dans le bloc B pour vérifier que la boîte à lettres de l’appartement 116, correspondant du sien, portait bien le nom de Maggy Cornet. Il n’eût plus manqué que, comme la sienne, elle ne portât pas de nom. Si c’était le cas, il lui resterait à confier l’enveloppe au pseudo-concierge, ce type un peu contrefait qui se dévouait pour régler tous les petits problèmes matériels de la résidence avec la bénédiction du syndic.

    Trouvant dans cette démarche la solution la plus logique pour se débarrasser de ce pli sans prendre le risque de porter préjudice à sa destinataire, il prit gaillardement la direction du bloc B qui se trouvait un peu en contre-haut. Contrairement à ce qu’il craignait, la boîte à lettres de l’appartement 116 portait bien, écrit sur une étiquette jaune glissée dans la fente ad’hoc, le nom de Maggy Cornet. Daniel laissa s’échapper un soupir de soulagement. La lettre était à présent dans la boîte de sa destinataire, il ne lui restait plus qu’à retourner vaquer aux occupations pour lesquelles il était descendu à Sainte-Maxime. C’est un homme rasséréné qui regagna en sifflotant le bloc A. Chemin faisant, il croisa le pseudo-concierge qui le salua et poursuivit son chemin de sa démarche claudicante. Se ravisant, Daniel s’arrêta, fit demi-tour et rattrapa le grand échalas qui, malgré sa jambe folle, s’éloignait à belles enjambées. Avant que l’autre ne disparaisse dans l’autre bloc, il eut le temps de lui lancer.

    - Quelqu’un avait déposé par erreur dans ma boîte une lettre pour madame Cornet, Maggy Cornet. Je suis allé la remettre dans sa boîte.

    Comme s’il avait besoin de justifier le fait qu’il sortait du bloc 2 ! Il n’allait tout de même pas culpabiliser d’avoir accompli son devoir ! L’autre lui répondit « Vous avez bien fait » sans même se retourner avant de disparaître en haut des escaliers. Daniel se sentit idiot comme un gamin pris en faute.

Dimanche 7 juillet

    La veille, tout s’était bien passé. Le couple de vacanciers avait pris possession du T2 et, après les y avoir installés, Daniel avait regagné Draguignan et son appartement confortable du boulevard Clémenceau. Il avait passé le plus clair de son samedi à remettre de l’ordre dans les dossiers en cours avant de sentir la fatigue le gagner. L’enveloppe était loin de ses pensées, il n’y avait pas songé un seul instant de la journée. Après un dîner rapidement expédié, il s’était abandonné à la fraîcheur de sa chambre dont les fenêtres ouvertes laissaient entrer les bruits feutrés de la rue et il avait très vite succombé au sommeil.

    En ce dimanche matin, il avait un peu traîné au lit puis, repu de grasse matinée, il s’était levé, douché, habillé et, après un petit-déjeuner fait d’un sandwich au jambon garni de cornichons et de fines tranches de tomates sur un lit de mayonnaise, il s’élança dans l’escalier pour faire irruption sur le boulevard déjà écrasé de chaleur. Après avoir acheté Var-Matin à la maison de la presse, il s’arrêta à la terrasse ombragée de la brasserie des allées Azémar. C’était un moment sacré le dimanche matin, une tradition à laquelle il n’aurait dérogé pour rien au monde. Il passait une heure à parcourir le journal en sirotant ses trois tasses de café.

    La terrasse était bondée à cette heure avancée de la matinée et les consommateurs présents se retournèrent vers lui comme un seul homme en l’entendant proférer un « merde alors » retentissant au vu de l’article qui occupait la moitié de la page deux. Le titre était accrocheur : « Une femme retrouvée assassinée dans son appartement à Sainte-Maxime ». Mais, ce furent les photos placées l’une en haut à droite de l’article et l’autre en bas à gauche qui retinrent d’abord son attention. La première représentait une femme d’une bonne soixantaine d’années au physique assez vulgaire fait d’un visage boursouflé coiffé d’une tignasse d’un blond résultant d’une décoloration ratée, le tout couronné par une paire de lunettes d’un vert prairie voyante à souhait et qui détonnait avec le physique de celle qui, assurément, était partie pour un autre monde. Daniel n’eut aucune peine à reconnaître la mégère qui, deux ans auparavant, l’avait agressé verbalement à l’occasion de l’assemblée générale des copropriétaires, lui reprochant d’avoir installé une unité extérieure de climatisation visible depuis son balcon qui se trouvait en vis-à-vis du sien, chose proscrite par le règlement de copropriété. Elle avait fait inscrire à l’ordre du jour de la réunion, l’obligation pour le contrevenant de désinstaller son climatiseur pour le faire poser au sol. L’assemblée générale avait entériné cette injonction et Daniel en avait été quitte pour régler au climaticien une facture dépassant les mille euros. La seconde photo ne laissait planer aucun doute. Elle présentait une vue de sa résidence facilement reconnaissable à sa décoration extérieure et à la grille qui en permettait l’accès. La lecture de l’article lui confirma le bien-fondé de ses premières conclusions. Le nom de Maggy Cornet était bien annoncé comme étant celui de la victime. A présent, dans son esprit, le lien était établi : la sexagénaire blondasse au physique vulgaire qu’il avait reconnue n’était autre que la dénommée Maggy Cornet.

    L’article faisait le point sur l’enquête menée tambour battant par la brigade de gendarmerie de Sainte-Maxime et supervisée par la section de recherche de Toulon.

    « C’est hier, samedi, vers 13 heures, que le fils de madame Maggy Cornet, inquiet de ne pouvoir joindre sa mère depuis plusieurs jours au téléphone, a trouvé celle-ci décédée dans son appartement du boulevard Clémenceau. La brigade de gendarmerie de Sainte-Maxime, secondée par le médecin des sapeurs-pompiers, a procédé aux premières constatations et conclu à une mort par strangulation. La piste criminelle ne fait donc aucun doute. La porte de l’appartement était restée ouverte. Une lettre anonyme découverte dans la boîte aux lettres de la victime comportait des menaces sans équivoque. Les relevés effectués dans l’appartement et sur la lettre permettront peut-être de recueillir des indices susceptibles d’orienter les enquêteurs. Le procureur de Draguignan doit donner un point presse dès que de nouveaux éléments seront en sa possession. En fin de journée, les enquêteurs se montraient relativement optimistes quant à la résolution prochaine de cette affaire. »

    La suite de l’article consistait en une notice nécrologique de la victime et une évocation des quelques faits criminels du même ordre survenus dans la décennie écoulée dans la bonne ville de Sainte-Maxime.

    A quelques minutes près, Daniel aurait pu se trouver dans la résidence lorsque les gendarmes l’avaient investie. Il devait être un peu plus de midi quand il avait quitté ses locataires après leur avoir laissé les dernières consignes.

    Daniel, interloqué, demeura quelques instants comme prostré devant le journal étalé sur la table puis, ne quittant pas des yeux le canard, engloutit le reste de sa tasse de café pour en commander immédiatement une autre à Bernard, le patron, qui passait par là.

    - Vous avez vu ? lui lança le cafetier lui-même originaire de Sainte-Maxime et qui, connaissant Daniel, savait que celui-ci possédait un appartement dans la station balnéaire. D’ici à ce que ce soit le fils ! Il paraît que c’est un drôle de loustic. Les flics commencent toujours par chercher dans l’entourage familial. Dans les proches. Je vous parie que demain l’affaire sera réglée.

    Daniel était admiratif devant tant de certitude. Il jugea qu’il avait bien fait de glisser l’enveloppe dans la boîte à lettres de Maggy Cornet quand lui vint brusquement une idée qui provoqua une vague d’angoisse vite concrétisée par une boule dans son œsophage et une onde de sudation au creux de son dos : en agissant ainsi, il avait laissé ses empreintes sur l’enveloppe. Les gendarmes allaient relever et analyser les traces papillaires. Certes, il n’y aurait pas que les siennes et, de toute façon, il n’était fiché nulle part. C’était idiot mais, pour autant, l’angoisse qui l’avait gagné ne se dissipait pas et il commençait à regretter sa réaction de l’avant-veille. Puis, se ravisant, il songea que sa façon d’agir avait été des plus normales. Qui, trouvant dans sa boîte une enveloppe qui ne lui était pas adressée, ne l’aurait pas saisie pour la restituer à son ou sa destinataire ? C’était d’une logique imparable. Il n’y avait rien à craindre quand bien même les enquêteurs parviendraient à identifier ses empreintes. Il était en mesure de leur fournir des explications claires et parfaitement justifiables. Il ne pouvait pas deviner que la destinataire du pli gisait morte au milieu de sa cuisine.

    C’est en grande partie rassuré que Daniel regagna son appartement après avoir fait quelques emplettes pour son repas du midi. Il songea que ses locataires allaient connaître un peu d’animation dans cette station et cette résidence tranquilles où ce genre d’évènement était exceptionnel. Il eut aussi une pensée malsaine pour cette vieille bique qui lui avait causé du souci et surtout coûté mille euros et, se rappelant la hargne avec laquelle elle l’avait interpellé, il se dit sans la moindre once de compassion qu’elle n’avait pas volé ce qui lui était arrivé.

    Parvenu chez lui, il relut l’article pour se persuader qu’il n’avait pas rêvé. Tout était bien réel et il avait été l’acteur secondaire et involontaire d’un fait divers sordide. Lui vint à l’esprit l’idée que, s’il n’avait pas déposé l’enveloppe dans la boîte à lettres de la gorgone, jamais les enquêteurs n’auraient disposé d’un indice sans doute déterminant pour boucler leur enquête. Peut-être les empreintes de l’expéditeur figuraient-elle déjà dans un fichier pour peu que celui-ci fût un délinquant connu des services de police. Les gendarmes se demanderaient certainement à quoi correspondaient les autres empreintes, les siennes, mais bon, puisqu’ils auraient mis la main sur le coupable, à quoi bon se poser des questions inutiles ? Ils finiraient par s’apercevoir que le meurtrier, avouant les détails de son forfait, s’était trompé de boîte à lettre et qu’un résident honnête et consciencieux s’était chargé de redistribuer l’enveloppe au bon endroit. Il lui fallait l’admettre : c’était grâce à lui que cette affaire allait être résolue dans un temps record. Il en conçut une certaine fierté. Puis, considérant que cette histoire l’avait suffisamment occupé, il décida de la chasser de son esprit pour, une fois son repas englouti, se consacrer à son loisir favori : la marche à pied sur la voie verte proche de chez lui.

Lundi 8 juillet

    Le lundi matin, le réveil fut brutal. Daniel fut arraché brutalement au sommeil par le son strident et insistant de la sonnette de l’appartement. Quelqu’un tambourinait aussi sur la porte d’entrée. Il se leva précipitamment après avoir consulté son réveil : il était un peu plus de six heures. Il enfila son pantalon, passa une chemise qui traînait sur le fauteuil et, d’un pas traînant, il se dirigea vers l’entrée afin de savoir qui était le fâcheux qui avait tenu à le réveiller de si bon matin.

En approchant de la porte, il entendit un hurlement qui le pétrifia.

    - Ouvrez ! Gendarmerie nationale !

   Il se précipita en direction de la porte de crainte qu’elle ne soit défoncée. A peine avait-il tourné la clef dans la serrure et actionné la clenche que le battant s’ouvrit brutalement et qu’il vit surgir devant lui deux hommes en uniforme qui l’immobilisèrent contre le mur de l’entrée. Deux autres qui se tenaient derrière eux avaient une arme à la main. Hébété, il s’entendit signifier son arrestation et son placement en garde à vue.

    - Que se passe-t-il ? bafouilla-t-il. Que me reproche-t-on ? tenta-t-il de plaider.

    - Vous le saurez bientôt ! lui lança le gendarme qui venait de lui passer les menottes et qui l’entraînait à présent vers l’escalier.

    Mais Daniel, en même temps qu’il posait cette question, savait déjà. Du moins, il avait deviné. Il y avait toutes les chances du monde pour que son arrestation fût en relation avec ce qui venait de se passer à Sainte-Maxime. « Comment ont-ils fait pour remonter si vite jusqu’à moi ? », songea-t-il. Il y avait sûrement une explication simple. Il suffisait d’être patient. Ils allaient l’interroger dès qu’ils seraient arrivés dans leurs locaux. Là, il pourrait s’expliquer. Ils s’apercevraient vite de leur erreur.

    Daniel était assis à l’arrière du fourgon, encadré par deux pandores. Devant et derrière le véhicule dans lequel on le transportait, deux autres voitures bleues, des Mégane sérigraphiées, gyrophares en action, servaient d’escorte. « Comme si j’étais un truand confirmé ou un terroriste », se dit-il. Il pouvait visualiser le trajet et il avait ainsi compris que le convoi prenait la direction de Sainte-Maxime, probablement vers la caserne locale, rue Conforti, un endroit qu’il connaissait pour s’y être rendu à quelques reprises en lien avec ses investigations. « Ironie du sort, l’arroseur arrosé », songea-t-il avec amertume. Car, qu’on le veuille ou non, même si l’on est reconnu innocent, ce genre d’expérience laisse des traces, surtout chez quelqu’un qui, d’ordinaire, est du côté de la loi.

    Le trajet dura une trentaine de minutes au terme desquelles le fourgon s’immobilisa devant le bâtiment qu’il connaissait bien et dans lequel il fut conduit sans ménagement par deux pandores qui le tenaient chacun par un bras comme s’il était susceptible à tout moment de chercher à s’échapper. Il fut installé sur une chaise devant une table au-delà de laquelle deux gendarmes apparemment plus gradés que ceux qui l’avaient convoyé étaient assis, la mine renfrognée et le fixaient avec un regard menaçant. Ils laissèrent au brigadier qui l’avait accompagné le temps de prendre ses empreintes avant de jeter leur dévolu sur lui.

    Ceux qu’il voyait déjà comme ses deux tourmenteurs lui signifièrent à nouveau sa garde à vue, comme si ce détail lui avait échappé et le mirent en demeure de décliner son identité et son adresse ainsi que sa profession, l’ensemble étant pourtant déjà consigné sur la feuille que chacun d’eux avait devant lui. Il fut informé de l’enregistrement de son interrogatoire qui commença par la question classique.

    - Reconnaissez-vous être le meurtrier de madame Maggy Cornet, habitant la résidence Les Camélias 2, au 35 du boulevard Clémenceau à Sainte-Maxime, appartement 116 ?

    Daniel réfuta les accusations portées contre lui et tenta de leur faire, le plus clairement qu’il put, un exposé des faits tels qu’ils s’étaient déroulés, n’omettant pas de mentionner sa brève rencontre avec le pseudo-concierge et la confidence qu’il lui avait faite. Les deux hommes échangèrent un regard et le plus gradé des deux – ce devait être un capitaine à en juger par ses galons – lui renvoya une réponse qui le glaça.

    - Nous aimerions vous croire et pouvoir lui demander confirmation de vos dires mais celui que vous surnommez le concierge, en l’occurrence monsieur Claude Harmony, a disparu depuis vendredi soir et nul ne sait où il se trouve, pas même son épouse. Peut-être savez-vous où nous pourrions le trouver ?

    Le ton insidieux de cette dernière question et le regard suspicieux du capitaine donna à penser à Daniel que les gendarmes n’étaient pas loin de le soupçonner d’avoir également éliminé le pseudo-concierge. Décidément, les choses se gâtaient et sa situation apparaissait de moins en moins favorable. Cela tenait même de l’euphémisme.

    La réponse qu’il leur fit ne fut pas à la hauteur de leurs attentes, beaucoup s’en fallait.

    - Comment pouvez-vous affirmer que j’ai assassiné cette femme et comment pouvez-vous sous-entendre que je sais où se trouve monsieur Harmony ?

    - Parce que tout est contre vous, monsieur Enoch. Nous sommes en train de vérifier si les empreintes retrouvées sur l’enveloppe sont bien les vôtres. Et il y a de fortes chances pour que ce soit le cas. De plus, tout le monde se souvient de votre différend violent avec madame Cornet à propos de sa requête concernant votre climatiseur. Par ailleurs, un appel – anonyme, je vous le concède – affirme vous avoir vu sortir du bloc 2 à l’heure de la mort estimée de la victime. L’autopsie qui a eu lieu hier soir a confirmé l’heure. Et, pour couronner le tout, madame Harmony nous a rapporté que vous aviez eu avec son mari une violente altercation. Où étiez-vous le jeudi 4 juillet, vers 18 heures ?

    Daniel n’en croyait pas ses oreilles. Le capitaine s’énerva : « Répondez à ma question ! »

    Daniel n’eut pas besoin de réfléchir longtemps. A l’heure dite, il était dans son bureau, plongé dans un dossier d’adultère. Une enquête sensible, une filature délicate. Un notable de Draguignan difficile à pister d’autant plus qu’il connaissait Daniel, sa profession et qu’il subodorait sans doute les soupçons de son épouse et sa volonté de presser au maximum sur le citron. Mais comment le prouver alors qu’il était seul ? « C’est dans ces moments qu’on regrette de n’avoir pas les moyens de s’offrir une secrétaire », fulmina-t-il en son for intérieur..

    D’un seul coup, il se sentit profondément seul et déprimé. Il prenait soudain conscience de la fragilité de l’individu devant la machine policière et aussi, dans pas longtemps, devant le rouleau-compresseur judiciaire, il en était convaincu. Il allait être déféré devant un juge d’instruction et vraisemblablement placé en détention provisoire. Quand la machine judiciaire est en marche, elle broie irrémédiablement celui qui ne peut prouver son innocence. Il réalisait que son talent d’enquêteur ne suffirait pas à le tirer de ce mauvais pas.

    Soudain, quelqu’un frappa à la porte et, autorisé par le « oui » guttural du capitaine, un gendarme pénétra dans la salle et tendit à son supérieur une liasse de feuilles dont, de loin, Daniel crut deviner qu’il s’agissait du comparatif d’empreintes.

    Après avoir examiné attentivement le document, le capitaine dirigea son regard vers son gardé à vue, tira sa lippe inférieure en avant et ouvrit grand ses yeux. Ainsi, il avait tout d’un ahuri qui va vous annoncer la fin du monde. Daniel comprit que ce n’était pas bon pour lui. Quand il eut terminé ses simagrées, l’autre lâcha avec, cette fois, un sourire de contentement :

    - A présent, nous avons la preuve que ce sont bien vos empreintes qui se trouvent sur l’enveloppe. Et j’ai le regret de vous annoncer que ce sont les seules. Monsieur Enoch, je vous informe que votre garde à vue prend fin. Il est 10 h 46. Vous allez être déféré immédiatement auprès du juge en charge de l’affaire.

    C’était le clap de fin, du moins en ce qui concernait l’enquête de gendarmerie. Daniel n’eut même pas le réflexe de faire remarquer à ces pandores pétris de certitudes que l’auteur de la lettre avait pu utiliser des gants. C’eût été vain. Les gendarmes avaient leur intime conviction solidement forgée. Ils avaient enquêté à charge. Ils ne détenaient que des présomptions, pas véritablement de preuves, mais cela suffisait pour enclencher la machine judiciaire et pour déférer ce coupable idéal.

    A l’instant où il franchit le hall d’accueil de la gendarmerie, Daniel entendit clairement le capitaine s’adresser à un subalterne.

    - Tu me mets ce rapport en forme et tu l’envoies par mail au juge Marquet. C’est lui qui va mettre notre client en examen.

   En entendant le nom du juge, Daniel connut un regain d’espoir. Il connaissait bien le juge Marquet. Il avait beaucoup d’estime pour lui et la réciproque était vraie. Marquet était, contrairement à bon nombre de ses collègues, un brave type. Daniel avait fait sa connaissance dans un café de Draguignan par l’entremise d’un ami commun, précisément le capitaine Maurin. Les trois hommes s’étaient retrouvés autour de leur passion commune : le polar. Ils se retrouvaient souvent et échangeaient leurs impressions de lecture, se conseillaient mutuellement et avaient même envisagé de se lancer dans l’écriture d’un polar à six mains. Mais, devant la difficulté de la tâche et le peu de temps dont chacun disposait, ils avaient renoncé. Provisoirement peut-être. A quelques reprises, Daniel avait rendu des services officieux à ses deux amis trop engoncés dans le code de procédure pénale. D’une certaine façon, non seulement Marquet était devenu un ami mais il était aussi devenu un peu son obligé. Bien sûr, le juge était tenu par les conditions strictes de l’instruction et surtout par le rapport implacable de la gendarmerie, mais, qui sait ? , il y avait peut-être moyen de rééquilibrer les choses avec Marquet et Daniel ne comptait pas s’en priver.

    Au moment de monter à nouveau dans le fourgon qui allait reprendre la route de Draguignan, Daniel se souvint aussi que son autre ami, le capitaine Maurin, qui officiait au commissariat de Draguignan pourrait lui être également d’un précieux secours. C’était sa dernière cartouche. Mais comment le contacter quand on a pour anges gardiens deux pandores qui exercent une surveillance de tous les instants ? Néanmoins, c’était un homme en partie rasséréné qui prenait la direction du Palais de justice de Draguignan.

Lundi 8 juillet, 14 heures,

    Il avait fallu attendre le début de l’après-midi pour que le juge Marquet puisse le recevoir en audition. Les congés approchaient et le Palais de justice mettait les bouchées doubles avant la pause estivale. De l’autre côté de la rue Pierre Gillet, le Palais du café était bondé. Des justiciables et des avocats y buvaient un de ces mélanges savants de Colombie et d’Italie en attendant l’heure de leur audience. Daniel avait attendu sagement sur un banc dans le couloir et s’était contenté d’un sandwich au jambon accompagné d’un verre d’eau pour calmer sa faim, alpagué qu’il avait été avant de pouvoir prendre son petit déjeuner.

    Le juge Marquet l’invita à pénétrer dans son bureau à 14 h 10. Il se montra avenant et, contrairement aux usages, il demanda aux deux gendarmes de rester à l’extérieur. Daniel remarqua que la greffière était absente. Etait-ce un signe ?

    Marquet l’invita à s’asseoir. Lui-même resta debout.

    - Mon cher Enoch, je ne vous crois pas capable de telles choses mais je dois reconnaître que vous êtes dans de beaux draps.

    - Je suis innocent, monsieur le juge ( Compte-tenu des circonstances, il avait évité soigneusement le « cher ami » propre à leurs rencontres en ville ). Tout cela est surréaliste.

    - Je vous crois mais quelle parade apporter au rapport accablant des gendarmes ? Vous n’avez pas de chance. Si vous aviez eu affaire à Maurin, tout en serait allé différemment. Ces gendarmes sont intraitables mais ils ont fait leur travail dans les règles.

    - A charge ! Exclusivement à charge !

    - Alors, donnez-moi une idée pour instruire aussi à décharge.

    - J’en ai bien une. Mais il faut que je téléphone.

    - A Maurin ?

    - Oui.

    - Alors, pas devant moi, je ne peux quand même pas fouler inconsidérément au pied mon éthique professionnelle. Allez dans la salle voisine. Promettez-moi de ne rien faire pour vous échapper. Voici mon portable. Vous trouverez Maurin dans le répertoire.

    Il n’en fallait pas davantage pour redonner du tonus au détective. Il s’esquiva dans la pièce voisine qui était une sorte de réduit où l’on entreposait les dossiers et du matériel divers. Il eut Maurin en ligne à la seconde sonnerie, lui exposa sa situation et échangea avec lui sur une stratégie pour débusquer la vérité.

    - Je ne te cache pas que ce sera difficile et surtout délicat, lui avoua le policier. Il va falloir que je joue avec le feu et surtout avec la procédure et aussi beaucoup avec la déontologie. Mais, pour toi, je suis prêt à tenter le coup. Et puis, mettre les pandores dans leur caca, ce sera jouissif.

    Maurin n’aimait pas la gendarmerie et celle-ci devait lui rendre la pareille.

    Il fut convenu que Maurin irait chercher un double des clefs de l’appartement de Daniel chez un voisin qui en avait la garde en cas de coup dur et, là, c’en était un. L’objectif était d’y dégoter tout élément susceptible de contredire les accusations des gendarmes. Et, d’abord, dans l’ordinateur de Daniel que les pandores avaient omis de réquisitionner, trop pressés qu’ils étaient de le placer en garde à vue. Maurin avait sa petite idée.

    L’autre initiative allait être plus délicate à mettre en œuvre. Il s’agissait de mener une enquête discrète sur ce qu’était devenu le pseudo-concierge car Daniel n’avait pas perdu l’espoir de s’appuyer sur son témoignage même si celui-ci ne constituerait pas une preuve irréfutable.

    La conversation dura un temps certain qui amena Marquet à ouvrir la porte pour s’assurer que tout allait bien.

   - Tout est OK, lui lança Daniel Enoch. Maurin est en piste.

    - Et il brillera, n’en doutons pas. Malheureusement, pour l’heure, en attendant que notre ami réussisse, il va me falloir vous mettre en examen. Je vais passer un coup de fil au juge des libertés pour qu’il ne vous fasse pas incarcérer. Je vous préviens, il est large d’esprit et nous entretenons une estime et une confiance réciproques mais il y a quand même crime de sang…

    L’espoir renaissait, même avec l’épée de Damoclès d’une détention provisoire. Le plus fin limier du commissariat de Draguignan était en chasse et Daniel savait qu’il ne reviendrait pas bredouille.

    C’est au moment où Daniel avait retrouvé le banc dans le couloir, coincé entre ses deux anges gardiens mais avec une forme de sérénité retrouvée, que la porte du bureau du juge s’ouvrit et que le visage de Marquet lui fit comprendre que les choses n’allaient pas selon ses espérances. Daniel s’imagina que le juge des libertés avait, malgré leurs bonnes relations, opposé une fin de non recevoir à son collègue. Il n’en était rien. La situation venait d’empirer. Marquet s’était campé devant lui, l’air grave, le regard embarrassé.

    - Je viens d’avoir le capitaine Courtois au téléphone. On a retrouvé le corps de Claude Harmony dans son appartement. Mort d’une crise cardiaque après avoir été malmené. Sa femme vous accuse. Elle prétend que vous l’aviez menacé.

    Puis, s’adressant aux deux gardes.

    - Messieurs, reconduisez le prévenu dans mon bureau afin que je lui signifie sa mise en examen. Désolé, ajouta-t-il, en passant près de Daniel.

    C’en était fini. On en était arrivé au stade ultime de ce qui apparaissait comme une machination machiavélique. « Quid de Maurin ? s’interrogea Daniel. Marquet va-t-il me griller auprès de mon ami le flic ? Si c’est le cas, c’est mon dernier espoir qui s’envole ! »

    S’agissant du pseudo-concierge, il était vrai que Daniel s’était pris le bec avec lui, d’abord à la suite de l’histoire du climatiseur puis, plus récemment, pour une histoire de poubelles. Sa femme, une espèce de zombie, à la tenue excentrique et aux cheveux d’un bleu criard, avait pris fait et cause pour son mari, s’était montrée agressive et avait failli frapper Enoch qui avait cru plus sage de s’esquiver. Tout se liguait contre lui.

Mardi 9 juillet, en matinée

     Dans la prison toute neuve de Draguignan où il avait été écroué, Daniel Enoch avait trouvé des conditions d’incarcération correctes. Il était à l’isolement, ce qui lui évitait de croiser d’autres détenus parmi lesquels auraient pu se trouver de vieilles connaissances susceptibles de lui vouer de la rancune. On a beau ne pas être flic, on n’en en est pas moins un détective et, dans les esprits, la confusion s’opère facilement. Dans ces bonnes conditions, Daniel voulait voir la patte du juge Marquet qui, même après la douche froide qu’il avait subie, devait encore éprouver, sinon de l’amitié, du moins un reste de compassion à l’égard de celui avec qui il avait tant de fois parlé de Ian Rankin, de Fred Vargas, de Andréa Camillieri et de bien d’autres, tous inscrits au panthéon du polar et au cœur de leur passion commune. Si cet enfer connaissait une issue heureuse, ils tenaient sans doute là l’idée de leur polar à six mains, un polar choral dans lequel chacun écrirait sa partition : le suspect, le juge et le policier. Il songea que cela pouvait faire un excellent titre.

    S’il était convaincu que Marquet lui vouait encore un peu de compassion, paradoxalement, il s’interrogeait sur la réaction de Maurin après l’annonce du second meurtre. Car, visiblement, il s’agissait d’un meurtre. Homicide sans doute involontaire mais homicide quand même. Et si le policier le lâchait ! Qu’il le lâche ou qu’il échoue dans ses investigations et il était bon pour perpette. Dans le cas contraire, il espérait bien ne rester entre ces quatre murs que quelques jours, une semaine au plus, le temps que Maurin réunisse, sinon les preuves nécessaires pour le disculper, du moins un faisceau d’indices suffisant pour remettre en cause sa culpabilité..

Mercredi 10 juillet

    Maurin ne l’avait pas lâché. Depuis deux jours, il s’échinait à forcer des portes, au sens figuré du terme mais aussi au sens propre, tout en essayant de rester le plus discret possible pour parvenir à innocenter son ami. Daniel Enoch n’en savait rien, et c’était aussi bien, mais il eut une longue conversation avec le juge Marquet. Il réussit à le convaincre que tout cela relevait d’une machination, particulièrement bien ourdie, mais trop voyante. Enoch n’avait pas le profil d’un meurtrier, même sous le coup de l’émotion. Il avait une grande maîtrise de lui-même et on n’assassine pas les gens pour un différend de copropriété. En tout cas, il voulait s’en persuader. Si tel était le cas, que serait venu faire dans cette histoire le dénommé Harmony qui, a priori, n’avait rien à voir avec cette histoire de climatiseur sinon qu’il avait voté à l’unisson de l’ensemble des copropriétaires ? Dans ce cas, en bonne logique, Enoch aurait dû trucider l’ensemble de la copropriété. Et le syndic avec.

    En bon flic, Maurin avait construit son protocole d’enquête sur le principe de la progressivité et selon une logique conçue pour contourner, sans les alerter, l’enquête des gendarmes. La force de Maurin s’appuyait sur les faiblesses de l’enquête de la maréchaussée. Les pandores avaient laissé de côté des aspects essentiels. Ils n’avaient pas interrogé le syndic, par exemple, ce que, par contre, Maurin s’était empressé de faire. Le syndic, c’est le point de convergence de tout ce qui se passe dans une copropriété. Si Enoch affublait Harmony du surnom de pseudo-concierge, c’est parce que ce personnage atypique s’était approprié officieusement ces fonctions et qu’il jouait un rôle trouble au sein de la résidence. Ce que les gendarmes n’avaient pas découvert mais que le syndic avait appris à Maurin, c’est qu’Harmony possédait à titre exceptionnel les clefs d’un box où étaient remisés tous les produits et outils nécessaires au petit entretien de la résidence. Maurin avait profité du soir pour se faufiler dans le garage et repérer le fameux box dont la porte était fermée par un cadenas. Le fracturer avait été un jeu d’enfant. Il lui avait fallu deux heures pour dégoter dans ce fatras ce qu’il était venu chercher, la caverne d’Ali Baba : un sac rempli de barrettes de résine de cannabis, du shit, de l’ecsta et même des sachets de kétamine. A vue d’œil, il y en avait pour plusieurs milliers d’euros, voire plusieurs dizaines de milliers d’euros. Un pactole plus susceptible de justifier un meurtre qu’un banal différend autour d’un climatiseur.

    Maurin avait vu là une cause probable de la mort du pseudo-concierge. Celui-ci avait-il détourné à son profit un stock de produits stupéfiants ? Maggy Cornet trempait-elle aussi dans ce trafic ? Autant de questions auxquelles il convenait de trouver des réponses mais sans que celles-ci innocentent systématiquement Enoch. Car, la question qui pouvait venir à l’esprit des gendarmes, était la suivante : Daniel Enoch était-il lui aussi impliqué dans ce trafic ? Mieux, en était-il le patron ? Et, dans l’affirmative, avait-il réglé leur compte aux deux autres parce qu’ils l’avaient escroqué ? Maurin avait passé un coup de fil à un collègue des stups avec lequel il avait travaillé à Toulon. Celui-ci lui avait confié un nom qui revenait en boucle dans les informations qui leur remontaient du Golfe de Saint-Tropez : Zlatko Billic, un type originaire des Balkans et soupçonné de diriger un réseau de dealers le long de la côte, entre Saint-Raphaël et Cavalaire. Jusqu’à présent, la brigade des stups n’avait pas réussi à le coincer. On le soupçonnait d’avoir des nourrices dans les différentes communes du littoral. Les deux morts des Camélias pouvaient en faire partie.

    Une idée lui traversa l’esprit et seul Marquet pouvait la mettre en œuvre. Pas question de contacter la gendarmerie. Vingt-quatre heures suffiraient amplement pour obtenir une réponse. Il composa le numéro du juge.

    Maurin avait bien avancé, des pistes étaient ouvertes, il sentait la vérité proche mais sans pour autant avoir mis la main sur une preuve de l’innocence de son ami. Il était temps de mener des recherches approfondies. Il se fit accompagner par un ami féru d’informatique et peu regardant sur la légalité. Il ne fallut pas longtemps pour que l’ordinateur de Daniel Enoch parle. Visites sur internet, adresse IP et localisation des connexions, il apparaissait clairement qu’à l’heure où Maggy Cornet avait été tuée, le détective était bien chez lui, occupé à travailler sur son ordinateur. Au mépris des règles les plus élémentaires de la procédure, Maurin embarqua le matériel informatique avec l’intention de le poser sur le bureau du juge Marquet avec la clef USB sur laquelle son comparse avait enregistré les preuves.

Mercredi 10 juillet, fin d’après-midi,

    Quand Maurin se pointa au Palais de justice, on aurait dit que Marquet l’attendait. Le juge réceptionna l’ordinateur et surtout la clef USB en poussant un soupir de soulagement.

    - Bon travail, cher ami ! s’exclama-t-il. Pour vous récompenser, j’ai l’information que vous m’avez demandée. Les gendarmes ont cherché à savoir d’où je tenais ce nom. Ils en ont été pour leurs frais. Ils ont confirmé que le nom de Zlatko Billic figurait bien dans le répertoire de Maggy Cornet mais pas dans celui de Claude Harmony. Si Maggy Cornet était vraisemblablement une nourrice, il semble étonnant qu’il y ait eu une seconde nourrice dans la même résidence. C’est là que le bât blesse.

    Maurin avait une autre explication.

    - On peut aussi concevoir que le pseudo-concierge, si je reprends la terminologie de notre ami Enoch, a chouravé le stock que Maggy Cornet avait sous sa garde, après l’avoir trucidée et que le trafiquant, flairant le pot aux roses, a cherché à récupérer son magot. Malheureusement, il ne savait pas qu’Harmony était cardiaque et que le traitement qu’il lui a infligé serait fatal avant qu’il ne lui fasse avouer où était caché le butin.

    - Théorie séduisante et cohérente, mon cher Maurin. Mais que faites-vous de la machination ourdie contre notre ami Enoch ?

    - Elle a été imaginée par Harmony qui était au courant du différend entre Enoch et la vieille chipie de Cornet. Il en a profité pour le charger, pensant que son plan machiavélique ne serait pas pris en défaut. C’était sans compter sur nous.

    Un éclat de rire se fit entendre jusque dans le couloir.

    Le lendemain, Daniel Enoch était remis en liberté et son premier soin fut de remercier ses deux amis en les invitant à dîner dans un restaurant étoilé du coin. Le loyer de la semaine de son T2 maximois y passa mais il n’en conçut aucun regret. Les trois hommes en profitèrent pour se distribuer les rôles et peaufiner le scénario de leur polar à six mains.

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 05:48

À quelques mois d'intervalle, deux membres d'une famille sont assassinés, l'un à Paris, l'autre dans le Béarn.
Ni la police ni la gendarmerie ne font le lien entre ces meurtres. Quelques mois plus tard, Le commissaire Payardelle réunit son ancienne équipe dans sa maison des Ardennes afin de fêter ses 50 ans. Un fait divers, relaté dans le journal local, vient troubler les agapes, le nom d’une ex-fiancée du commissaire refait surface. Le policier est alors amené à enquêter sur son propre passé.
Une enquête du commissaire Théo Payardelle, dans la même veine qu'Un charmant petit village, Une intrigue passionnante, truculente…"

 

C'est le texte de quatrième de couverture de "La caresse des orties", une nouvelle enquête du commissaire Théo Payardelle, à paraître le 6 décembre 2019 dans toutes les bonnes librairies et, en avant-première, sur le salon de Toulon, les 15, 16 et 17 novembre prochains.

La Caresse des Orties, de Jean-Michel Lecocq, Editions Lajouanie, 360 pages, 19 euros.

 

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 10:19
Un juge d'instruction qui exerce à Charleville-Mézières et qui a en charge le dossier de la disparition du squelette de Rimbaud, un vieux juge qui n'aime ni les Ardennes, ni Rimbaud mais qui a un humour décapant. Il va entretenir un rapport de complicité avec le policier qui enquête et ce duo va semer plus de désordre que la disparition du dit squelette. Bon, ils finiront par résoudre l'énigme dont le dénouement est assez inattendu mais après avoir mis sens dessus dessous le département , au sens propre comme au sens figuré, et rendus fous le préfet, le procureur, les élus et même les rimbaldiens. "Le squelette de Rimbaud" est une fantaisie policière qui se veut jubil
atoire. Un rendez-vous avec l'humour et le suspense.
Bonne lecture à vous si vous êtes attirés par ce polar.
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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 10:19
Un juge d'instruction qui exerce à Charleville-Mézières et qui a en charge le dossier de la disparition du squelette de Rimbaud, un vieux juge qui n'aime ni les Ardennes, ni Rimbaud mais qui a un humour décapant. Il va entretenir un rapport de complicité avec le policier qui enquête et ce duo va semer plus de désordre que la disparition du dit squelette. Bon, ils finiront par résoudre l'énigme dont le dénouement est assez inattendu mais après avoir mis sens dessus dessous le département , au sens propre comme au sens figuré, et rendus fous le préfet, le procureur, les élus et même les rimbaldiens. "Le squelette de Rimbaud" est une fantaisie policière qui se veut jubil
atoire. Un rendez-vous avec l'humour et le suspense.
Bonne lecture à vous si vous êtes attirés par ce polar.
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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 13:12

Exceptionnellement, je détourne mon blog pour signaler un remarquable recueil de contes pour enfants de 5 à 9 ans. Les lectrices et lecteurs de polars sont aussi, à l'occasion, des parents, des grands-parents, des oncles et des tantes et même des enseignants qui peuvent être intéressés, pour faire un cadeau ou professionnellement, par des contes qui ont un double intérêt : ils sont distractifs et éducatifs. Ils plongent les enfants dans un univers onirique et amènent de façon judicieuse une morale à la fin de l'histoire. L'ancien inspecteur primaire que je suis peut attester de la qualité de ce recueil. Malheureusement, ce recueil n'est pas commercialisé dans toutes les librairies et sur internet. Aussi faut-il s'adresser à l'auteur sur sa page Facebook, en message privé

https://www.facebook.com/joelle.bernier.52

ou lui adresser un chèque de 10 euros à l'adresse mentionnée ci-dessous pour acquérir ce recueil, en mentionnant votre

adresse postale ).

Un joli cadeau pour Noël ou une bonne base de lecture et de langage avec des élèves de primaire.

Le chat rouge et autres contes, de Joëlle Bernier, 45 pages, 8 euros + 2 euros de frais d'envoi. 

( L'adresse de l'auteure est la suivante : Joëlle Bernier, Villa Les Gémeaux 347 route de la Provenço 83720 Trans-en-Provence ).

 

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 20:11

Il est difficile d’écrire le pitch de ce roman sans risquer de déflorer ce qui en fait tout l’intérêt. Je vous propose donc de me faire confiance et de ne pas lire la quatrième de couverture avant de vous plonger dans l’histoire. Vous verrez, elle va vous happer et sera d’autant plus passionnante que vous ne détiendrez pas a priori quelques-unes des clefs du récit que révèle l’éditeur en quatrième de couv’. Foncez, vous ne risquez rien d’autre qu’une forte dose de plaisir.

 « La petite mort de Virgile » est publiée dans la collection Marge noire. Ce roman est donc classé comme un polar. Mais il est bien autre chose. Au-delà du suspense, il est aussi un roman noir, une satire sociale, une histoire d’amour et d’amitié, un roman d’action. Il cumule avec bonheur les qualités de ces différents types de littératures pour proposer au lecteur un récit d’une réelle densité et aux multiples facettes. La peinture de la société d’une petite capitale provinciale est d’une grande justesse et sert de décor à un récit animé par des personnages comme on en trouve dans toutes les villes de province, hauts en couleurs, reliés les uns aux autres par des relations complexes, souvent troubles, parfois dramatiques, autant de petites histoires qui s’entremêlent pour nourrir le récit principal. Cet ensemble est traité avec beaucoup de justesse mais aussi avec un humour permanent qui prend des formes diverses. Au nombre d’entre elles, les surnoms amusants donnés à certains personnages qui permettent de se les représenter. Ainsi, quand le patron de l’agence de pompes funèbres se voit attribuer le sobriquet de Goebbels, on l’imagine sans peine. C’est aussi une des grandes qualités de ce roman : la puissance d’évocation des personnages, des lieux et des situations qui permet de les visualiser, comme au cinéma. Est-ce dû au fait que l’auteur est aussi comédien et réalisateur ? Cet aspect visuel est essentiel. Une intrigue dramatique piquetée de touches d’humour, voilà ce qui rend ce roman attrayant et, si on y ajoute un suspense bien entretenu et aucun temps mort, passionnant. En outre, ce roman est fort bien documenté et quelques renvois en bas de page permettent de comprendre certains détails techniques sans hacher le récit. Le style est fluide, agréable. J’avais déjà eu un coup de cœur pour le précédent opus de Christian Rauth, « Fin de série », mais, là, c’est un gros de cœur que j’ai ressenti. Je recommande expressément ce roman à celles et ceux qui veulent passer un très bon moment de lecture.

La petite mort de Virgile, de Christian Rauth, édition De Borée, Coll. Marges noires, 438 pages, 21 €.

 

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3 septembre 2019 2 03 /09 /septembre /2019 15:05

Carole Meyer a été écrasée par un véhicule, à une heure du matin, dans le quartier le moins fréquentable de la ville où elle réside. De toute évidence, ce n’est pas un accident mais un assassinat à en juger par l’acharnement du chauffard pour réduire en bouillie le corps de sa victime. Son frère, Félix Meyer revient dans sa ville bien des années après l’avoir quittée pour assister aux obsèques de sa sœur. Même s’il ne montre pas une grande émotion à la vue du corps démantibulé de sa sœur, il est fermement décidé à comprendre pourquoi elle a été tuée. Il va entrer en contact et coopérer avec  Aurélie Costa, la policière chargée de l’enquête. Une relation curieuse s’installe entre ces deux êtres dont les vies semblent recéler un mystère.

J’avais déjà apprécié un précédent roman de Gilles Vidal, « Ciel de traîne ». Ici, tout est différent sauf un élément récurrent : le retour vers le passé. Par petites touches, on découvre ce qui se cache derrière le voile de mystère dont s’entoure le personnage principal comme l’évolution de la relation avec Aurélie, la policière. J’ai encore pris plaisir à lire cette histoire qui a entretenu mon intérêt jusqu’au dénouement. Un polar facile à lire en raison d’une écriture fluide et d’un suspense bien géré.

La boussole d’Einstein, de Gilles Vidal, éditions Zinédi, juin 2019, 224 pages, 17 € 90.

 

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26 août 2019 1 26 /08 /août /2019 16:12

Le prétexte : Clément, un musicien hyper talentueux devient l’heureux propriétaire d’une guitare électrique Fender, la Rolls des guitares et se voit propulser vers le succès, en France mais aussi en Angleterre, cet Eldorado de la musique. Parallèlement à son ascension fulgurante, il est obsédé par la recherche de son père, d’où le titre du roman : Ghostfather.

Mon avis : 164 pages de pur plaisir. Pourtant, au départ, ce n’était pas gagné : je ne suis pas un fan de guitare électrique, ni de musique électro-acoustique. Mais, je suis un inconditionnel des Beatles, de Queen et de quelques autres groupes anglo-saxons. Tout comme Eric Calatraba mais sans son expertise. Et je suis surtout un inconditionnel de la bonne littérature, celle qui vous emporte comme le souffle d’une tornade, par sa puissance non seulement stylistique mais aussi narrative, celle qui vous conduit dans un univers qui vous happe. Et, là, en l’occurrence, on est servi. Un récit qui ressemble à un torrent, vous entraînant au gré de ses tourbillons, de ses rapides, de ses accidents de parcours vers un aval que l’on devine haletant. Une thématique à la fois moderne et universelle très bien traitée. Un récit qui ressemble aussi à une partition musicale à plusieurs voix. Un roman choral dans lequel chacun des acteurs apporte son éclairage, dans lequel les points de vue se croisent, se percutent, s’entrechoquent et s’éclairent mutuellement. Un concert de voix où même la guitare électrique qui s’exprime devient un personnage à part entière, jusqu’au final grandiose dont elle sera l’actrice principale. Ce croisement de points de vue, de fragments de récit donne à l’histoire un côté très vivant qui entretient l’intérêt. Le talent de Eric Calatraba consiste à nous faire entrer sans difficulté dans cet univers, à nous y sentir à l’aise même si l’on n’en maîtrise pas les codes, comme c’est mon cas, et à nous y plonger avec délice. Il sait nous faire partager sa passion. J’ai apprécié les références aux textes des chansons qui m’ont rappelé les fragments de Rimbaud en tête des chapitres d’un roman de ma connaissance. Comme quoi les « grands esprits » se rencontrent. J’ai même trouvé un extrait du Dormeur du Val. En résumé, une lecture exceptionnelle à la portée de tous, musiciens ou pas, une lecture passionnante, un roman puissant que ce soit au plan de l’écriture où à celui de la thématique récurrente et universelle dont il traite. A découvrir de toute urgence.

Ghostfather, de Eric Calatraba, éditions de Londres, mai 2016, 164 pages, 11 €.

 

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