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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 14:59

tobermory-1.jpgOn se demande souvent comment l’inspiration vient à un romancier et comment il donne de « la chair » à son roman. On prétend à juste titre que cette inspiration vient la plupart du temps de l’observation des choses de la vie courante, de scènes vécues transposées au plan romanesque. Le contenu d’un roman, tout ce qui enrobe la narration ( ce que j’appelle « la chair » du roman ) et tout particulièrement les descriptions de scènes ne seraient que la transposition du réel dans un univers imaginaire. Pour illustrer cela, je vais vous rapporter une expérience que j’ai vécue pas plus tard que ce matin. J’étais installé à la terrasse couverte d’un café dans le centre ancien de Draguignan. Les clients étaient assez nombreux et très différents les uns des autres. Il régnait sur cette terrasse fermée une ambiance chaleureuse, agréable, propice à l’envol de mon imagination. J’étais venu pour lire quelques chapitres d’un polar mais, tout en lisant, je me suis laissé allé à observer les gens autour de moi. Les conversations allaient bon train et des bribes de celles-ci me parvenaient au milieu de ma lecture. Je me suis imaginé mon personnage favori du moment, Tragos, présent à ma place sur cette terrasse. J’ai sélectionné, dans le produit de mes observations, ce qui était de nature à alimenter une description, ce qu’en peinture on appelle « une scène de genre ». En rentrant chez moi, je me suis livré à un exercice de style. J’ai rédigé un texte « brut de décoffrage » qui mériterait d’être retravaillé, certes, mais qui pourrait ressembler à ce qui suit :

 « Tragos pénétra sur la terrasse abritée des frimas de l’hiver par un auvent fermé et chauffée par des rampes à infrarouges. Il avisa dans un angle une table libre et s’y installa. Il avait emporté avec lui son polar dont le signet dépassait légèrement. Il s’aperçut qu’il en avait déjà lu les trois-quarts. Mais, l’ambiance chaleureuse de la terrasse et le bruit des conversations des nombreux clients qui se tenaient là le détournaient de sa lecture. Une femme âgée entra, chercha des yeux un endroit favorable  et, après quelques hésitations, s’approcha à petits pas pour venir s’asseoir à la table voisine de la sienne. A quelques pas, un groupe de jeunes filles attablées autour d’un café fumant devisaient en riant. Elles ressemblaient à de modestes employées de grandes surfaces, caissières, manutentionnaires ou agents de rayon. Enfin, c’est ce qu’il se crut en droit d’imaginer au vu de leur allure générale, de leur mise vestimentaire et des quelques bribes de conversations qu’il put saisir. L’une d’elles qui tenait le crachoir expliquait son parcours professionnel chaotique. Tragos crut comprendre qu’après avoir dû démissionner, elle avait fait plusieurs intérims avant de pointer au chômage. Un peu plus loin, un couple de quinquagénaires échangeait en plaisantant autour d’un chocolat chaud. Ils avaient l’air amoureux. Dans l’angle opposé, celui qui était adossé au café, trois hommes parlaient fort. L’un d’eux surtout, un grand barbu rougeaud. Il racontait aux deux autres son séjour en Californie. Tragos l’entendait  vanter les beautés de San Francisco, la vue qu’on avait sur le Golden Gate depuis la pagode et l’extraordinaire foisonnement des hortensias en fleurs du jardin japonais. Ses compagnons l’écoutaient religieusement et, de loin en loin, l’approuvaient arguant de sensations analogues dans d’autres villes de la planète. De l’autre côté de la table où se tenaient les jeunes filles, une femme vint s’installer. Elle approchait de la quarantaine. Tragos la voyait de profil et ne put s’empêcher de l’examiner à la dérobée. Elle était jolie et semblait perdue dans ses pensées. La patronne, car la femme fardée qui se tenait debout devant lui et qui avait largement dépassé la soixantaine ne pouvait être une employée, lui demanda ce qu’il souhaitait consommer. Un café, un américain, répondit-il sans quitter des yeux son livre. Un allongé,  corrigea pour elle-même la femme en s’éloignant. La vieille qui s’était assise à la table voisine s’adressa à la jeune femme qui était venue la rejoindre et qui lui faisait face pour lui demander ce qu’était un « allongé ». C’est un café que l’on allonge avec un peu d’eau chaude, d’où son nom d’allongé, lui répondit l’autre, avec une gentillesse affectée. La vieille, satisfaite de cette explication, se concentra de nouveau sur la feuille qu’elle avait présentée à son amie. C’était à l’évidence une facture comme avait pu le constater Tragos d’un coup d’œil indiscret. Il s’agissait fort vraisemblablement d’une jeune femme qui l’aidait à gérer ses papiers et à régler ses dépenses puisqu’elle entreprit de lui remplir un chèque que la vieille femme signa d’une main tremblante. La jeune femme au profil de déesse romaine avait toujours les yeux perdus vers l’horizon de la rue qui traçait sa perspective vers la place du marché. Tragos la trouvait de plus en plus jolie. Il se demanda si une aussi belle femme pouvait le remarquer. Un pochard vint s’installer sur la terrasse extérieure malgré le froid mordant. La patronne sortit prendre la commande et revint avec une bière pression. L’homme avait le visage rougi par l’alcool et le froid. Deux tables plus loin, une femme d’une soixantaine d’années, emmitouflée dans un manteau de fourrure défraîchi, la tête enfouie dans un bonnet enfoncé jusqu’aux yeux, consommait un café fumant en s’absorbant dans ce qui ressemblait à un dossier administratif, à moins que ce ne soit médical,  songea Tragos en voyant la mauvaise mine de la femme, son teint hâve et ses yeux rouges et dilatés. A la différence de son voisin, elle n’avait rien d’une pocharde mais tout d’une malheureuse luttant contre l’indigence et la maladie. A l’instant où il quittait des yeux ce spectacle affligeant, Tragos vit que la jeune femme s’était levée et gagnait la sortie. Au moment de franchir la porte, elle se tourna vers lui et lui adressa un sourire. Tragos suivit des yeux sa silhouette féline qui s’éloignait en rapetissant  jusqu’à ce qu’elle ne fut plus qu’une poupée minuscule au coin de la place du marché. Il hésita un instant à se lever pour la suivre. Lorsqu’il prit conscience du caractère rédhibitoire de son indécision, la jeune beauté avait disparu. Alors, il  se replongea dans la lecture de son polar. »

     Voilà comment je me suis décentré pour laisser la place à mon personnage central, comment je l’ai plongé au cœur d’une situation vécue en extrapolant pour en faire une scène potentielle de roman. Ce type de scène est-il indispensable, apporte-t-il quelque chose au roman ? Certainement, car il permet soit de donner de l’épaisseur à un personnage, soit de créer une atmosphère qui, additionnée et combinée avec celle d’autres scènes, donnera au roman sa tonalité. Si, par exemple, je me pose le même type de question quant à l’utilité de la scène du pub sur l’île de Mull ( Extrait ci-dessous ) où le commissaire Payardelle, le personnage principal de « Rejoins la meute » déjeune en compagnie de ses collègues, je dirais que c’est parce que j’ai moi-même vécu cette situation dans un autre contexte et qu’elle m’a paru de nature à refléter au mieux l’atmosphère de l’endroit dans lequel j’avais envie d’immerger mes personnages. Pourquoi adore-t-on l’ambiance des romans de Fred Vargas ? En premier lieu, grâce à ses personnages mais aussi grâce aux lieux dans lesquels ils évoluent et qu’elle sait créer de toutes pièces…ou presque.

    « Après une installation rapide dans leur résidence, les trois hommes emboîtèrent le pas de Mac Laughlin qui les entraîna vers le seul pub du village, bondé comme une station de métro à l’heure de pointe. Il y avait, entre l’aspect désolé et désertique du port et la densité de la foule agglutinée au bar ou entassée dans la salle de restaurant, une telle distorsion que Théo ne put s’empêcher de s’interroger à haute voix sur l’origine de cette cohue.

    - Pour la plupart, ces gens travaillent dans le secteur : pêcheurs, employés du ferry, ou alors touristes ou simples autochtones venus se distraire le temps du repas, il y a du monde finalement sur cette île, expliqua Mac Laughlin. Et c’est le seul pub jusqu’à Tobermory, à quinze miles d’ici. Mais, vous allez voir, la patronne va nous trouver une place.

    Et, effectivement, au terme d’à peine dix minutes d’attente, ils parvinrent à trouver place à une table, installés entre deux mécaniciens du petit chemin de fer touristique, couverts de cambouis, et deux mamies obèses et volubiles, attablées devant un fish and chips copieusement garni de sauce. Visiblement ravi de trouver trois compères avec lesquels deviser et boire quelques pintes, Mac Laughlin, avec la complicité de l’aubergiste, était parvenu à les faire servir rapidement. Tout en déjeunant, le volubile retraité retraçait son parcours, sous le regard à la fois blasé et attendri de Mac Pherson qui avait dû entendre cent fois déjà le récit de ses exploits.

    - J’ai travaillé un peu partout dans le pays et notamment à Edimbourg, avec ce brave Mac Pherson, avant qu’il n’entre au Yard. J’ai fini ma carrière ici car c’est sur cette île que je suis né. Comme j’avais hérité une maison de mes parents, je m’y suis installé définitivement pour ma retraite que j’ai prise voilà deux ans. En qualité de constable, c’est moi qui ai dirigé l’enquête sur les trois meurtres. Des collègues du Yard sont venus me prêter main forte car les recherches ont été croisées avec les assassinats de Linlightgow et de Stirling. Mac Pherson était en France à cette époque.

    Mac Laughlin ne parlait pas un traître mot de français. Mac Pherson parvenait à traduire sans trop de difficulté. Nul ne prêtait à proprement parler attention à leur conversation mais, de temps à autre, des regards se tournaient vers eux lorsque l’un des Français prenait la parole où que, dans le brouhaha de la salle, une phrase prononcée trop fortement et parlant de meurtres, éveillait la curiosité de leurs voisins. »

 

 

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 09:58
Les bavardes "Les Bavardes" sont muettes actuellement. Je suis au point mort. J'ai introduit trop tôt dans l'histoire un rebondissement qui casse un peu l'intérêt de l'intrigue. J'allais donc remettre mon ouvrage sur le métier et sans doute effacer une bonne dizaine de pages quand je me suis dit que c'était dommage. C'était un peu comme le peintre qui efface une partie de sa toile pour la reprendre et qui se prend à le regretter. Je me suis donné le temps de la réflexion. Et puis, soudain, l'illumination : un subterfuge qui va me faire faire l'économie de ce sacrifice douloureux. Il suffira de modifier quelques passages sans rien effacer. Je vais laisser reposer cette nouvelle idée et, quand elle sera décantée, Je reviendrai à l'écriture. Des nouvelles donc quand j'aurai repris le chantier. pour l'heure, je suis penché sur mon second manuscrit que j'affine, paragraphe par paragraphe. C'est un récit autobiographique qui fait diversion avec le polar, quelque chose qui parle de mon enfance et de ma jeunesse et qui s'apparente à "La guerre des boutons" de Louis Pergaud, toute prétention mise à part. mais ma priorité reste "Les Bavardes" que je compte achever pour le printemps.

 

 

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 14:08

le-christ-jaune.jpgLe 7 décembre, je dédicacerai entre autres Le Christ jaune, mon deuxième polar publié en 2010. En voici un extrait pour vous donner l'envie de le lire si ce n'est pas encore fait. Le fil de l'intrigue conduit mon personnage principal aux quatre coins de la France et de l'Europe. Dans cet extrait, il décide de passer la nuit dans le musée du Belvédère à Vienne où il pressent qu'un "casse" va se produire :

Vienne, le 25 mars 2009, 22 heures

Dans un premier temps, François Lemel avait fixé son attention sur les écrans reliés à des caméras chargées de filmer les endroits stratégiques du musée. Ils renvoyaient les images d’un lieu que la nuit avait figé. Chaque salle, chaque couloir, chaque carrefour de circulation était visualisé. Personne ne pouvait se mouvoir à l’intérieur du bâtiment sans être vu. Le moindre mouvement aurait été détecté. Un rayon laser courait, de capteur en capteur, tout autour de chaque salle empêchant quiconque de s’approcher des tableaux sans déclencher une alarme stridente capable de tirer de leur sommeil les habitants du quartier. Cet endroit semblait plus inviolable que le tombeau d’un pharaon. François Lemel était resté de longues minutes figé dans la contemplation de cet univers immobile avant de laisser son regard glisser ailleurs, comme on le fait lorsqu’on se lasse de regarder par une fenêtre derrière laquelle rien ne se passe. Les deux gardiens se tenaient assis devant leur immense tableau de commande dont les dizaines de leds vertes allumées témoignaient ainsi du fait que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les rondes étaient programmées toutes les deux heures et duraient invariablement une vingtaine de minutes, le temps de parcourir à pas normaux un circuit qui couvrait les trois étages, constitués chacun de deux galeries parallèles que séparait un couloir et de quatre salles réparties deux à deux à chaque extrémité. Le Baiser de Klimt ou sa copie se trouvait dans l’une de ces salles, au second étage. La caméra ne permettait d’entrevoir que son tiers gauche mais il était visible et, régulièrement, François Lemel accordait à cet écran une attention plus soutenue. Chaque ronde était effectuée par un seul gardien qui, immuablement, commençait par l’extrémité est du rez-de-chaussée pour revenir par le côté ouest après avoir descendu les cent-vingt marches d’un escalier monumental. Le gardien resté dans la salle de contrôle voyait, à intervalles rapprochés, passer alternativement sur les différents écrans la silhouette de son collègue qui, de temps en temps, lui lançait un signe qui voulait dire « Tout va bien ». La première ronde démarrait à neuf heures et la dernière à cinq heures. François Lemel avait obtenu le droit d’accompagner le plus jeune des vigiles pour la ronde de onze heures. Dans le silence et la semi-obscurité, le musée vide devenait un lieu glacial et menaçant, un lieu hostile dans lequel rien n’était plus certain et où l’imagination se débridait. On imaginait aisément les faunes des tableaux sortir de leur toile pour danser un ballet diabolique ou encore Diane chasseresse vous décocher une flèche en plein cœur. Lemel dont la jeunesse avait été marquée par le feuilleton Belphégor sentait remonter à la surface de vieilles peurs qu’il croyait disparues. Le halo de la lampe-torche du gardien promenait sur le plancher luisant son balayage régulier. En revenant dans la salle de contrôle, l’homme nota sur un registre l’heure de fin de ronde et une courte mention pour indiquer que tout allait bien.

La fatigue commença à se faire réellement sentir sur le coup des deux heures. Les deux gardiens avaient acquis un biorythme qui les mettait à l’abri d’un coup de pompe, tout au moins le croyaient-ils, mais ce n’était pas le cas du galeriste qui repoussait autant qu’il le pouvait le moment où il allait devoir s’allonger sur la couche de fortune qu’on avait préparée à son intention. La nuit avançait sans que rien ne se passât et François Lemel commençait à s’interroger sur le bien-fondé de son analyse et de leur présence dans cette ville. Il avait été convenu de laisser les téléphones portables branchés et il savait qu’à tout moment, il pouvait appeler Mirecourt, comme celui-ci s’était également engagé à le faire.

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 11:09

108 0025De tous mes polars, celui qui connaît l’accueil le plus contrasté est sans contexte « Le secret des Toscans ». Les avis sont majoritairement positifs et nombreux sont les lecteurs qui me disent que, de tous mes romans, c’est celui qu’ils ont préféré. Mais il suscite néanmoins le débat. « Le secret des Toscans » ne laisse pas indifférent.  Deux motifs essentiels sont avancés à l’appui des avis favorables comme à celui des avis plus nuancés, voire défavorables. Il y a d’abord la dimension historique. Les polars historiques constituent une catégorie à part qui ne rallie pas tous les suffrages des amateurs de polars. Je le constate sur les salons. Il y a les trois catégories de lecteurs : ceux qui aiment indifféremment les polars historiques et contemporains, ceux qui sont résolument partisans des polars historiques et les fans des polars contemporains. Ensuite, il y a la structure même du livre qui présente un double aspect : d’un côté, l’alternance de deux récits décalés dans le temps et je dirais même de plusieurs récits et, d’un autre côté, la construction du récit sur le modèle du puzzle. Ces deux aspects du roman peuvent dérouter, j’en ai bien conscience, mais, à mes yeux, et, heureusement, aux yeux de nombreux lecteurs qui en ont témoigné, ils fondent l’intérêt même du livre. Pas plus tard que cette semaine, j’ai reçu un témoignage très intéressant d’une lectrice qui découvrait Le secret des Toscans :

Je suis en train de lire "Le Secret des Toscans" : je n'en suis qu'au tiers de ma lecture...
Je le trouve très riche en événements et détails historiques et très bien écrit comme tous vos livres d'ailleurs. Le sujet néanmoins me passionne un peu moins, tout simplement  parce que l'accent est davantage mis sur le côté "Histoire" et qu'il est difficile de "jongler" avec toutes ces dates, tous ces "retours en arrière"...  même si, je le comprends aisément, cela doit être nécessaire au maintien d'une certaine ambiance, un certain climat ainsi qu'à la compréhension finale... mais la partie enquête me tient en haleine... donc je poursuis ma lecture avec un grand plaisir...

Ce témoignage illustre à merveille ce que j’exposais plus haut. Cette lectrice préfère de loin les polars contemporains, ne déteste pas les polars historiques ( Elle a adoré « 24 » ) mais elle est perturbée par les passages fréquents d’une époque à une autre et la surabondance en détails historiques de certains chapitres. Un autre commentaire témoigne du même problème.                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

                                                                                                                                                                                                                                                             J'ai eu un peu de mal au début à passer de l'année 1587 à 2007 puis retour en arrière à l'année 1494, etc...
Passés les premiers chapitres, l'enquête prend corps, avec des bons rebondissements à partir du tiers de l'ouvrage, rebondissements qui s'enchainent jusqu'à la fin du roman.
Chapeau à l'écrivain qui a su me tenir en haleine, malgré ma difficulté à m'adapter aux périodes si différentes, mais qui s'enchainent malgré tout.

Mais, les deux avis manifestent explicitement le même intérêt pour l’intrigue. C’est l’essentiel.

Quand j’ai entrepris l’écriture de ce roman, j’avais pour modèles des ouvrages tels que « La vie, mode d’emploi », de Pérec ou encore « Winsburg, Ohio », de Sherwood Anderson. Je voulais que le lecteur ne soit pas guidé par l’auteur dans le décryptage de l’intrigue mais qu’il la reconstruise lui-même, à la manière d’un amateur de puzzle. Toujours cette obsession de la fable et du sujet ou l’influence de l’école formaliste. Cette approche est devenue courante dans le cinéma et elle est acceptée mais, dans la littérature, elle dérange encore.

 J’ai retrouvé la même structure dans l’excellent « Livre des morts » de Glenn Cooper auquel je pense avoir consacré une chronique sur mon blog. Des récits parallèles qui se déroulent à des époques éloignées et qui entretiennent entre eux des rapports qui vont en se resserrant au fil du livre jusqu’à ne plus constituer qu’un seul récit. Un autre témoignage, oral celui-là, m’a confirmé lors d’une séance de dédicaces que c’était justement cette dimension qui attirait certains lecteurs.

Cette controverse me donne à penser que « Le secret des Toscans » n’est pas un roman anodin et qu’il a la dimension d’un roman expérimental. Les œuvres qui dérangent, qui bousculent les représentations sont souvent majeures par rapport aux autres. C’est peut-être pour cette raison que, de tous mes romans, c’est sans doute du « Secret des Toscans » dont je suis le plus fier.

 

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 16:14

florac.jpgIl doit paraître cet hiver. L'essentiel de l'intrigue se déroule dans les Cévennes et quelques chapitres en Ecosse. Une histoire qui fait écho, de loin, à "L'armée furieuse", de Fred Vargas. Le titre : "Rejoins la meute".

 

Chapitre XVIII

Florac, le 27 août 2006,
...
L’orage menaçait. Le ciel se chargeait au sud. Anthony et Ludovic avaient jugé plus prudent de regagner leur refuge. Lorsque les éclairs zébraient le ciel du côté du massif de l’Aigoual, il y avait fort à parier que le tonnerre allait gronder sur Florac dans l’heure suivante. Le vent se faisait de plus en plus fort. Les deux hommes s’étaient éloignés du centre-ville, en titubant, pour prendre la direction de la Salle-Prunet où ils squattaient une ancienne usine désaffectée. Là, au moins, ils seraient à l’abri, même si l’état de délabrement du toit de tôles laissait ruisseler la pluie à l’intérieur. Tout au long de la journée, une chaleur étouffante avait enveloppé la région et la ville avait fait le plein de touristes. Les terrasses des cafés et des restaurants étaient remplies et la foule se bousculait sur l’Esplanade Marceau Farel et ses alentours.
Les deux hommes avaient fait la manche et récolté une belle manne. Trente euros à eux deux. De quoi voir venir ! Ludovic n’avait pas eu trop à insister pour convaincre son ami d’acheter un pack de bières. Douze canettes. De la Desperados, leur préférée. Un luxe ! La chaleur de plus en plus moite, le tourbillon de la foule des touristes, l’euphorie de cette journée pas comme les autres les avaient conduits à picoler. La presque totalité du pack ! Ils avaient gardé deux canettes pour le soir. Pour accompagner les paninis qui se trouvaient dans leurs sacs, aussi crasseux qu’eux et sur lesquels ils avaient fini par se vautrer. Les passants qui, jusqu’en milieu d’après-midi, s'étaient montrés généreux avec les deux jeunes gens, séduits par leur sourire avenant, avaient progressivement changé d’attitude. Ils faisaient un écart pour éviter les deux hommes, au regard incertain et à la voix pâteuse, qui les invectivaient, les insultaient et se montraient de plus en plus menaçants.
Ludovic et Anthony avaient regagné avec peine la friche industrielle qui leur servait de repaire. La pluie les avait surpris en cours de route et ils étaient arrivés à bon port, mouillés jusqu’aux os. Avec la pluie, la température était retombée. L’alcool qu’ils avaient ingurgité atténuait la sensation de froid générée par le contact de leurs vêtements trempés avec leur épiderme. Depuis qu’ils étaient devenus des marginaux et qu’ils sillonnaient les routes de la région, ils avaient pris l’habitude de ce type de désagréments. A d’autres moments de l’année, c’était le rhume assuré, au pire une bonne bronchite. Ils attendaient que cela passe. Et cela passait, plus ou moins bien, au prix d’une dégradation de leur état physique, délabrement dont ils ne prenaient pas vraiment conscience. A vingt-cinq ans pour l’un et vingt-six ans pour l’autre, on leur en aurait donné dix de plus. Leurs cheveux sales, leur teint de plus en plus aviné et leur silhouette cassée les éloignaient irrémédiablement de l’image des deux beaux garçons qui, quelques années auparavant, fréquentaient ensemble les bancs de l’université de Montpellier.
Leur première rencontre remontait à sept ans. Anthony Level attaquait sa troisième année de licence en Histoire. Attiré par le Moyen-âge, il n’avait entrepris ces études que pour mieux pénétrer l’histoire du pays cévenol qui le fascinait, avec un attrait plus marqué pour les bandes de routiers qui l’avaient dévasté entre le milieu du XIVe et celui du XVe siècle. De son côté, Ludovic Marty, passionné de littérature fantastique et d’ésotérisme médiéval, s’était engagé dans un premier cycle de Lettres, convaincu de trouver dans ces études une expertise utile pour satisfaire ses curiosités intellectuelles. Tous deux éprouvaient une fascination morbide pour les exactions commises par les grandes compagnies qui occupaient ou sillonnaient la région des Cévennes pendant la Guerre de Cent ans.
Tout concourait à réunir les deux jeunes gens que le hasard amena à devenir voisins de chambre à la cité universitaire de Montpellier. Dès lors, une amitié profonde était scellée. Mais autre chose les rapprochait aussi. Quelque chose de plus trouble et de plus inquiétant encore que leur passion commune pour l’aspect le plus glauque de la littérature et de l’histoire médiévales. Dès l’enfance, ils avaient manifesté tous deux des signes de déséquilibre qui les avaient conduits à fréquenter les officines des psychologues. « Schizophrène pervers », telle était l’étiquette à laquelle chacun d’eux avait fini par avoir droit, au terme d’un processus de suivi psychopédagogique qui avait accompagné leur cursus scolaire.
Avec le lycée, la pression des psychologues s’était relâchée, les deux adolescents n’ayant jamais concrétisé de façon coupable leur inclination pour la violence et leur fascination pour les pratiques barbares et sacrificielles. L’entrée à l’université semblait avoir définitivement éloigné de leur univers le spectre de la psychiatrie. C’était sans compter avec l’effet d’entraînement qui, nourri par la réunion de ces deux esprits pervers et l’émulation qui en était résultée, les avaient poussés à extérioriser des pulsions jusque-là contenues. Les tortures infligées à l’un de leurs colocataires, un soir de beuverie, leur avaient valu six mois de prison ferme et un séjour en hôpital psychiatrique.
Loin de les ramener à de meilleures dispositions, cette expérience les avait confortés dans leurs penchants morbides et dans leur haine de leurs semblables. Au terme de leur internement, ils avaient pris la route, espérant rencontrer, dans cette vie d’errance, d’autres compagnons susceptibles de les aider à matérialiser leurs délires. Jusqu’à leur rencontre avec Pat, ils n’avaient réussi qu’à se marginaliser de plus en plus, sans trouver les moyens de concrétiser leurs fantasmes. Manque d’envergure mais aussi d’imagination. Ludovic Marty et Anthony Level n’étaient que des velléitaires, incapables de passer à l’acte sans que quelqu’un leur tînt la main. De menus larcins en petits trafics, faisant à l’occasion la manche, ils s’étaient enfoncés dans une marginalité croissante qui les avait fait s’échouer à Florac, point de ralliement de bon nombre de leurs congénères.
Un jour, Pat avait fait irruption dans leur existence, leur proposant d’accomplir le rêve de leur vie. Ce qu’ils n’espéraient plus allait se réaliser. Pat ! Un nom bizarre. Sans doute, un pseudonyme ou, alors, la contraction de son prénom ou de son nom. Pat avait métamorphosé leur pauvre existence, en faisant d’eux les héritiers de Seguin de Batefol et de Petit Meschin, chefs des Tard Venus, les plus sanguinaires des routiers du Moyen-âge. Ils avaient trouvé le jeu amusant, s’étaient lancés avec avidité dans ce défi. Pat les soutenait, tenait le rôle de chef d’orchestre et pourvoyait à tout. C’était Pat qui décidait du choix des victimes et qui arrêtait les modalités de leur mort. C’était aussi Pat qui recrutait les autres, ceux qui les aidaient, qui venaient d’ils ne savaient où et qui disparaissaient ensuite comme ils étaient venus. Aussi fêlés qu’eux. Toujours les mêmes, c’était la règle. Ils arrivaient à communiquer avec eux, en baragouinant un peu l’anglais. C’était amusant, excitant même, et ils en redemandaient. Les longues périodes qui séparaient deux expéditions leur paraissaient interminables. Tout allait bien jusqu’à ce soir d’été, quinze jours auparavant, quand Pat leur avait désigné comme victimes des enfants. Ils avaient eu du mal à supporter la mort de la petite Johnston. Il n’y avait pas une nuit où ils ne se réveillaient, pris d’une suée, tremblant de tous leurs membres, au souvenir de l’épée qui avait fendue en deux la fillette. Cette image les hantait. Pour la première fois, ils avaient opposé un refus à Pat. Ludovic, le plus faible des deux, avait évoqué la possibilité de se livrer aux gendarmes. Pat les avait menacés.
L’orage venait d’éclater. Une pluie violente fouettait les tôles du toit et des gouttières s’étaient formées. Elles alimentaient des flaques d’eau qui s’élargissaient à vue d’œil. Ludovic et Anthony avaient trouvé refuge sur une plate-forme surélevée, à l’abri de la pluie. C’était là qu’ils avaient installé leur campement, deux matelas de récupération, un vieux réchaud à gaz et quelques ustensiles de cuisine. Ils avaient englouti leur panini, vidé les deux canettes restantes et s’étaient écroulés sur leur couche, abrutis par l’alcool.
Malgré leur état, ils prirent conscience d’une autre présence que la leur dans le bâtiment. Le vacarme de la pluie sur les tôles ne parvenait pas à couvrir le martèlement des pas sur le ciment. La forme qui s’avançait vers eux évitait les flaques d’eau, en sautant régulièrement de côté, sans chercher à être discrète. Dans un effort désespéré, Anthony se leva sur un coude pour voir qui s’approchait.
- Pat ! s’exclama-t-il. Qu’est-ce que tu fous ici ?
Pat grimpa sur la plate-forme et se tint campé devant eux, tenant un révolver à la main. Le premier coup de feu atteignit Anthony en pleine poitrine, le second perfora le ventre de Ludovic qui peinait à se redresser. De l’étui caché sous son imperméable, Pat sortit un couteau et entreprit de terminer sa sordide besogne.

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 10:27
On parle beaucoup de "24" et de "portrait-robot" qui seront encore à l'honneur au salon du livre de Toulon. Mais on parle moins - sans doute parce que le temps a passé - du "Christ jaune", mon deuxième polar auquel je voue pourtant une affe...ction toute particulière. Sans doute parce que, comme me le faisait remarquer un lecteur, j'y ai mis beaucoup de moi-même. En voici un extrait qui a pour cadre un endroit magique que je vous invite à découvrir : le Trouve-tout-du-livre, dans le hameau du Somail, le long du canal du midi, tout près de Narbonne ( Voir photo ci-jointe ).

"Le Somail, le 17 avril 2009

Il avait dû quitter l’autoroute à Narbonne et s’engager sur le réseau secondaire qui conduisait au cœur du Minervois. Le Somail était un petit hameau pittoresque niché au bord du canal du Midi. Un ouvrage aux allures de pont romain mais pourtant né au XVIIe siècle du talent de l’ingénieur Riquet enjambait le canal entre un vieux pigeonnier aux formes médiévales et une auberge recouverte de lierre dont la terrasse, abritée sous les frondaisons, devait faire les délices des touristes au cœur de l’été. Une rangée de peupliers apportait au canal et aux plaisanciers encore peu nombreux en ce début de printemps une ombre bienveillante. La librairie se trouvait en face du pont. Abritée dans un vieux corps de ferme, elle occupait une ancienne grange réhabilitée et aménagée en un lieu incroyable. Dans une salle d’une superficie d’environ trois cents mètres carrés à laquelle on parvenait par un corridor long d’une quinzaine de mètres et large de cinq, se trouvaient réunis des milliers d’ouvrages et de revues d’occasion balayant tous les domaines de la connaissance, répartis dans des rayonnages qui, sur plus de huit mètres de hauteur, grimpaient jusqu’à une charpente aux poutres chevillées. Tout autour de la salle, à mi-hauteur, une promenade en mezzanine à laquelle on accédait par deux escaliers latéraux permettait aux visiteurs de fouiner dans les rayons les plus élevés. Des projecteurs disposés de loin en loin et fixés sur la partie supérieure des rayonnages donnaient à l’ensemble une atmosphère intime, presque religieuse, qui seyait à merveille à cet endroit qu’on eût dit fait pour la contemplation et le recueillement. Chaque secteur disciplinaire était indiqué par une signalétique rudimentaire faite de panonceaux de carton sur lesquels on avait griffonné les catégories devenues traditionnelles de la classification universelle. Quelques employées allaient et venaient telles des fourmis portant dans leurs bras des piles de livres, les rangeant dans un rayon ou les en extrayant pour les apporter vers la caisse où une préposée à l’expédition les emballait dans des cartons avant de les envoyer aux acquéreurs. Ce lieu fonctionnait selon une merveilleuse mécanique qui força l’admiration du galeriste et lui rappela par certains côtés celle du dépôt d’Emmaüs où il avait récupéré Les Amoureux.

François Lemel se dirigea vers le secteur « Arts » lui-même subdivisé en sous-ensembles dont celui réservé à la peinture était le mieux abondé. Il passa une bonne partie de sa matinée à fouiller dans les rayons sans trouver trace de la revue. Il lui avait fallu quitter la librairie pour le temps du repas pendant lequel le magasin fermait ses portes. Dès deux heures, il avait repris son patient travail de fourmi. Ses recherches durèrent tout l’après-midi. Il allait s’abandonner au découragement lorsque, quittant le secteur, il aperçut, posées sur le côté des marches qui conduisaient à la mezzanine, plusieurs piles de revues, abandonnées là comme reléguées à une position inférieure, sans doute en raison de leur statut de revues et probablement aussi en raison de leur aspect dégradé. Il n’y avait aucun ordre dans cet empilement qui consistait en un mélange de titres divers mais tous consacrés à la peinture, à la sculpture ou à l’architecture. Il feuilleta les premiers numéros qui lui tombèrent sous la main et, à force de ténacité, finit par y dénicher quelques exemplaires de la revue L’œil. Le premier qu’il ouvrit, parce qu’il était sur le dessus de la pile et le mieux conservé, datait de 1986 et portait comme sous-titre Les voyages de Marquet. La revue était de qualité, tirée sur papier glacé et contenait des articles apparemment d’un très bon niveau à en juger par les signatures. François Lemel s’en voulait de n’avoir jamais consulté cette revue très professionnelle qui faisait une large place aux galeries et qui devait s’adresser à un public fort aisé. Ce ciblage n’était pas étonnant pour une revue financée par l’Union des banques suisses dont le siège social se trouvait à Genève. Il classa les numéros à mesure qu’il les dénichait dans ces piles hétéroclites dont la manipulation soulevait un nuage de poussière. Hélène Marval avait situé l’article dans les années 85-86. Huit numéros correspondaient à cette période sur les vingt-quatre qu’avait produits cette revue au tirage mensuel. Une chance sur trois de n’avoir pas fait pour rien ce déplacement en terre languedocienne. La librairie fermait ses portes à dix-huit heures et il était dix sept heures. Il fallait faire vite, parcourir chaque numéro en raison de l’absence de sommaire, le feuilleter deux ou trois fois pour être sûr de n’avoir pas oublié de page ou de n’avoir pas été trahi par un titre et passer au suivant. Le temps filait et avec lui l’espoir lorsque, soudain, il s’arrêta sur un titre en quatrième page du septième numéro.

La théorie des faux : réalité ou légende ?"

La suite est à découvrir dans le livre. Un suspense très prenant...
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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 08:39

L’écriture des « Bavardes » avance à grands pas. Je viens de dépasser la page 90, soit le tiers du livre. L’histoire a vraiment pris corps. Un troisième meurtre vient d’être découvert par Tragos. Il va sLes bavardes-copie-1ans doute permettre d’identifier la première victime et il va venir confirmer une piste. Mais n’est-ce pas une fausse piste ? Je rédige en me souciant du style, certes, mais sans plus. Ce qui importe d’abord, c’est la cohérence de l’intrigue. J’ai modifié le scénario initial et il me faut modifier sensiblement le rôle de certains personnages secondaires. C’est à cela que je m’attache d’abord. Le style, je le peaufinerai quand je relirai le bouquin achevé. On ne peut se concentrer sur tout en même temps. En marge de mon travail d’écriture, il y a le nécessaire travail de documentation que je mène essentiellement sur internet. Je passe donc de WORD à INTERNET assez souvent, non seulement pour quelques vérifications orthographiques ou lexicales mais aussi pour creuser par exemple les modalités de travail des techniciens de l’identité judiciaire ou les modalités de l’autopsie. Il me faut aussi travailler le domaine de la pharmacologie qui va jouer un rôle important au travers d’un médicament que prend une de mes victimes et dont le médecin légiste a retrouvé des traces dans son tube digestif. Autre aspect important à examiner de près : la vraisemblance doit être totale mais il ne faut pas qu’il y ait de confusion avec la réalité. Ainsi, je localise un meurtre dans une rue de Sainte-Maxime qui existe réellement. Par contre, je dois veiller à ce que le numéro de la maison ne figure pas dans la réalité. Pour cela, il me faudra me rendre sur place. Attribuer un faux numéro. Ce sont autant de détails à soigner. Voilà quelques aspects de l’écriture romanesque qui font le charme de mon travail. A ce stade, le livre est achevé dans mon esprit, les personnages, leur place, leur rôle, sont clairement et définitivement arrêtés. Le dénouement est limpide dans ses grandes lignes. Restera à le mettre en musique. Je peux donc me consacrer sereinement au travail de rédaction. Je n’en étais pas là il y a encore quelques jours.

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 09:09

Les bavardes-copie-1

 

Journal des Bavardes ( Suite ) :
A propos de la tenue de ce journal, certains diront :"Qu'il est bavard !", d'autres :"Comme il est autocentré !". Les deux sans doute si l'on considère que c'est en partie le propre d'un blog de parler de soi, de ce qu'on fait, de ce qu'on aime. En fait, rien de tout ça. J'éprouve simplement le besoin de réfléchir à voix haute et, si ma réflexion vous intéresse, tant mieux, sinon tant pis. Ce matin, je marque une pause dans l'écriture du roman. Un de mes policiers ( pas le principal mais son adjoint, Vergne (1) ) est parti à la rencontre d'un ancien collègue et d'un ancien médecin légiste, tous deux retraités, dont les témoignages peuvent s'avérer capitaux pour l'enquête. Je ne sais pas encore si je vais les laisser témoigner ou en trucider au moins un sur les deux. Histoire de corser le suspense. Mais, le témoignage de celui que je veux trucider avant qu'il rencontre le policier est essentiel pour le scénario initial. Si mon policier le découvre mort, le scénario initial sera modifié. pas en profondeur mais quand même. Donc, pause. Je vais donc me replonger dans la lecture de la suite d'"Alex" de Pierre Lemaître en attendant que la bonne réponse me vienne. Je trouverai sans doute un artefact qui me permettra de contourner l'obstacle. Je fais en sorte que la tenue de ce journal ne déflore pas l'histoire que je suis en train d'écrire. Je ne lèverai jamais trop le coin de voile, juste assez pour que, lorsque vous lirez le livre ( pour celles et ceux qui en auront envie ), vous retrouviez derrière les rebondissements les portes fermées par lesquelles aurait pu s'engouffrer l'histoire.

(1) Pour les non-initiés, voir "Portrait-robot" mon dernier polar paru chez L'Harmattan.

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 08:36

J'avais promis de tenir un journal de l'écriture de mon prochain polar "Les Bavardes". Chose promise, chose due. J'en suis à l'écriture du deuxième chapitre, à la page 26 plus précisément. Le commandant Tragos, mon policier, est sur la première scène de crime, sur le port de Sainte-Maxime. Je n'en dirai pas plus pour ne pas déflorer l'intrigue. J'ai décidé de rédiger comme un premier jet, d'une seule traite, comme "je le sens". En respectant bien sûr le scénario que j'ai préalablement élaboré, tout en me permettant toutefois quelques modifications qui ne remettent pas en cause l'économie de l'intrigue. Ensuite, je reviendrai sur le texte pour l'amender. J'ai réemployé des personnages que j'avais mis en scène dans le précédent manuscrit qui n'a pas encore été publié et qui, d'ailleurs, n'a pas encore de titre. Le procureur, le juge et le patron de la brigade de gendarmerie seront les mêmes que ceux qui interviendront dans la seconde aventure du commissaire Payardelle, mon autre héros récurrent. J'ai décidé que les univers de mes différents romans s'entrecroiseraient. C'est normal : à des dates différentes, les intrigues se situent au même endroit : SLes-bavardes-copie-1.jpgainte-Maxime. Si vous vous y retrouvez là-dedans, je vous tire mon chapeau. Quelques clarifications : Tragos est le policier de "Portrait-robot" paru en mars 2013. Il sera également le héros des Bavardes. Entre-temps, j'ai rédigé deux manuscrits qui mettent en jeu un autre personnage récurrent, le commissaire Théo Payardelle. Il apparaîtra dans "rejoins la meute", à paraître cet hiver et dans un autre opus terminé mais que je dois encore relire et certainement retravailler un peu. Vous aurez compris que j'ai actuellement deux romans en attente de publication et celui-ci que je suis occupé à rédiger. Ce sera le 7ème. Et l'idée du 8ème est déjà en train de germer dans mon esprit. Ce sera un thriller psychologique, un roman noir. A bientôt pour d'autres nouvelles.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 11:17

Naguère, j'avais publié sur Facebook un excellent article du magazine L'Express consacré à la cuisine dans le polar. Voici le lien avec cet article : http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-polar-se-met-a-table_804097.html?fb_action_ids=315220815260614&fb_action_types=og.recommends&fb_source=aggregation&fb_aggregation_id=288381481237582

Je voudrais à présent illustrer cet article avec un extrait de mon prochain polar, "Rejoins la meute", à paraître au cours de cet hiver. La scène se déroule dans l'auberge cévenole où mon équipe de policiers, sous la conduite du commissaire Payardelle, est amenée à séjourner le temps de l'enquête.

 

J'aime introduire dans mes polars des scènes qui regroupent mes personnages autour d'une table et d'un bon repas. Quand ils ne sont pas au restaurant, mes personnages vivent un moment de partage gastronomique chez l'un d'eux comme le second extrait tiré de mon précédent polar "Portrait-robot" ( L'Harmattan, mars 2013 ) dans lequel mon enquêteur, le capitaine Tragos, séjourne chez un ancien gendarme qui lui fait goûter une spécialité ardennaise.

Premier extrait ( Rejoins la meute ) :

   " Le ton était donné. Cette enquête allait ressembler à un travail d’archéologue. Gratter pour trouver d’infimes fragments, les répertorier, les examiner, afin de déceler le moindre indice qui permettrait de les relier au reste et prier pour qu’un morceau plus conséquent que les autres les aide à rassembler un pan plus large de la vérité. A quatre et en moins de quatre mois, le pari était audacieux.

    La saucisse à l’aligot aurait largement suffi, surtout le soir, mais la patronne insista pour leur servir le menu complet. « Plateau de fromages ou dessert maison ! », avait-elle claironné fièrement, en leur apportant à nouveau la carte. Si les îles flottantes, fondants à la crème de châtaigne et autres tartes Tatin parvenaient encore à leur titiller les papilles, ils se rallièrent à l’avis de Marco, qui proposa d’opter pour le plateau de fromages. Non pas parce qu’ils n’aimaient pas le sucré mais parce que la troisième bouteille du délicieux nectar des Alpilles était encore à moitié pleine et que, comme l’avait mentionné justement César, ils avaient suffisamment de crimes sur les bras pour ne pas en commettre un autre, œnologique celui-là. Au milieu des rires qui fusaient et malgré le verbe haut de Marco et de César, la restauratrice parvint à comprendre qu’ils avaient opté pour le fromage. Leurs échanges bruyants ne semblaient pas gêner les autres clients, dans le brouhaha général de la salle de restaurant où la température était montée d’un cran. Quelques instants plus tard, elle leur apportait un énorme plateau de fromages, aux trois-quarts garni de spécialités des Cévennes, qu’elle prit un plaisir gourmand à leur présenter une à une. C’était visiblement une bonne nature, ravie de récupérer dans son auberge cette bande de joyeux drilles qui allait faire tourner à plein régime son hôtel pendant plusieurs semaines et ajouter de la vie dans un restaurant où l’ambiance n’avait pas coutume d’être feutrée."

 

Second extrait ( Portrait-robot ) :

 

"Tragos remarqua que Delmas parlait à la première personne du pluriel, comme si son épouse était toujours là. Cet ancien officier qui avait, en son temps, exercé le commandement sur les brigades de la circonscription des Ardennes avait l’allure bonnasse d’un simple brigadier. Tragos le trouvait touchant et se prenait d’affection pour ce brave type qui l’accueillait à bras ouverts et se réjouissait de lui faire goûter son meilleur vin et les spécialités de sa région. Rien à voir avec un Maccari bourré d’ambition. Aussi sympathique mais radicalement différent. Intelligent toutefois, beaucoup plus que ne pouvait le laisser supposer sa bonhomie trompeuse.  

 

    Tragos eut droit à la recette de la bayenne. Avec des airs et un phrasé dignes d’un Raymond Oliver, Delmas commentait, avec force détails, chacune des étapes de la confection de ce plat qu’il présenta comme celui du pauvre.

 

    - Il faut des pommes de terre nouvelles, des quarantaines comme on les appelle ici. Je les coupe en deux dans le sens de la longueur, sans ôter la pelure. Je les saupoudre bien de poivre noir et je les dispose dans le fond de ma cocotte. Une cocotte en fonte, de préférence. Ensuite, je découpe mes oignons en fines lamelles dont je recouvre mes pommes de terre. Je superpose une nouvelle couche à la précédente et je termine en mettant un peu d’ail et de poivre. Je mets le tout sur feu vif puis progressivement à feu doux. Il faut bien fermer le couvercle car mes pommes de terre doivent cuire dans la vapeur. Au bout de trente à quarante minutes, quand je sentirai une légère odeur de brûlé, je saurai que ma bayenne est prête.

 

    Tragos ne pipait mot et se contentait d’appliquer les consignes du chef.    La truite avait été évidée, écaillée et plongée dans un bouillon que Delmas n’avait pas hésité à préparer avec une bouteille de Saint-Véran qu’il avait laissée à demi-vide. Tragos l’écoutait religieusement, officiant tel un marmiton obéissant, secondant avec zèle son chef de cuisine au faciès rougi par le plaisir, par la chaleur de la cuisinière et par le Saint-Véran dont il venait déjà d’engloutir deux verres, prétextant qu’on ne pouvait laisser perdre un vin de cette qualité, même s’il ne pouvait rivaliser avec le Sancerre. Le policier, à qui Delmas avait déjà versé deux rasades de ce précieux breuvage, commençait à s’inquiéter autant qu’à se réjouir de la suite de la soirée et entrevoyait de plus en plus le recours à la chambre d’ami comme la seule issue raisonnable."

 

 

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