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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 08:33

Voici un extrait de mon avant-dernier thriller "24". Un tueur en série sévit dans le Paris de 1572 :

 

 

Paris, le samedi 25 septembre 1572, 7 heures, le matin,

 

    Cela faisait près de vingt ans que Jean Le Fleurinier exerçait son métier de fossoyeur. Durant ces années, il avait mis en terre près de la moitié des habitants du quartier des Halles. Le cimetière des Innocents était son terrain d’élection. Il y assurait la majeure partie de son office et y possédait une petite cabane où il remisait ses outils. En cette fin du mois de septembre, il pouvait enfin souffler un peu. Les massacres de la fin août l’avaient contraint à travailler deux fois plus longtemps que d’ordinaire. Ses journées de labeur démarraient avec le lever du soleil et ne s’arrêtaient qu’avec le couvre-feu, sous une chaleur accablante. Même si la plupart des corps, non identifiables, avaient été transportés hors des murs de la ville pour y être incinérés dans des fosses communes, de nombreuses familles avaient fait inhumer les leurs dans le cimetière de leur quartier. Celui des Innocents desservait les trois paroisses de Saint-Germain-L’Auxerrois, Saint-Eustache et Saint-Opportune, ce qui suffisait à en faire le plus grand de Paris. Jean Le Fleurinier n’avait pas chômé. Cela avait duré plusieurs semaines, tant la recherche des victimes était laborieuse et leur identification difficile. Il fallait attendre que les familles reconnaissent les corps avant d’enterrer les dépouilles qui empestaient, sous l’effet de la décomposition. Un quartenier, officiant au nom  de la prévôté, l’accompagnait afin de s’assurer de la conformité des inhumations. Le plus souvent, le curé organisait une brève bénédiction et, à peine le trou rebouché, il fallait passer à l’enterrement suivant. En ce début de matinée, Jean Le Fleurinier se sentait bien. La fraîcheur matinale était supportable et le soleil, qui se levait derrière les toits de l’hôpital Sainte-Catherine, illuminait un ciel déjà bleu, promesse d’une belle journée de fin d’été. L’âme et le corps légers, il suivit la rue de la Chaussetterie puis celle de la Ferronnerie pour gagner l’entrée du cimetière située sur la Grand Rue Saint-Denis. Il n’avait que deux enterrements prévus au programme de cette journée, sans doute la plus calme depuis bien longtemps. Le premier étant fixé à dix heures, il allait avoir le temps de préparer ses outils et même de déguster tranquillement la collation que lui avait préparée son épouse. Sa cabane était située au fond du cimetière, adossée au mur qui donnait sur les Halles. Il y prit ses outils et se dirigea vers la fosse qu’il avait creusée la veille. Il aimait s’asseoir au bord du trou, les jambes pendant dans le vide, pour manger. Il l’avait fait des centaines de fois, lorsque le temps était favorable, comme ce matin. Le soleil avait envahi le cimetière et y répandait sa chaleur bienfaisante. Jean Le Fleurinier s’approcha de la fosse. Il posa sa besace sur le tas de terre encore fraîche qui surplombait le trou et engagea la jambe droite dans le vide. C’est alors que son regard tomba en arrêt sur l’homme allongé dans le fond, dont le visage portait la pâleur de la mort.

 

    Nicolas Chantemerle, le nouveau prévôt, resta longtemps immobile, devant la fosse. Campé derrière lui, le bailli Grandfontaine avait tenu à être présent. Le fossoyeur s’était placé en retrait, après avoir répondu du mieux qu’il avait pu à l’avalanche de questions du prévôt. Dans l’esprit de Chantemerle, comme dans celui du bailli, régnaient une effervescence et une confusion des plus grandes. Comment ce cadavre avait-il pu arriver là ? Qui l’y avait placé ? Qui était cet inconnu ?

    -  Ce n’est pas quelqu’un du quartier ! Il est âgé et je le connaîtrais.

    Telle avait été la seule information fournie par le fossoyeur qui avait aidé les deux gardes prévôtaux à sortir le corps de la fosse.

    -  Examinez sa main droite ! demanda Grandfontaine.

    Le prévôt s’exécuta. L’homme portait, au creux de la paume, un dessin représentant un signe tracé avec la pointe d’un couteau.

    -  De quoi s’agit-il ? s’exclama Chantemerle.

    - De la lettre E, lui répondit le bailli avant de questionner le fossoyeur :

    -  Qui enterre-t-on dans ce secteur du cimetière ?

    -  Les paroissiens de Saint-Eustache, répondit Le Fleurinier.

    -  E, c’est l’initiale de Saint-Eustache, soupira le bailli.

    Tous l’observaient, l’air interrogateur. Grandfontaine avait prit une mine grave. Sa voix ne l’était pas moins pour annoncer :

    -  Le scarificateur n’est pas mort. Il vient encore de frapper.

 

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 15:47

Voici un extrait de mon prochain polar, à paraître au cours de l'hiver prochain :

 

Barre-des-Cévennes, le 21 mai 2010,

 

    Le village était curieux, tout en longueur, le long de la départementale qui reliait Florac à Sainte-Croix-Vallée Française. Tout y était vieillot et le temps semblait s’être arrêté sur cette cité aux maisons d’une autre époque dont certaines portaient encore, lisible sur la pierre, leur raison sociale d’antan. La vie semblait avoir déserté ces immeubles aux façades noires et aux toits de lauzes, lestés de pierres pour résister aux assauts du vent. Seuls, deux ou trois commerces au centre du village offraient un semblant d’animation. De minuscules venelles aux marches raides et inégales reliaient la rue principale au niveau supérieur du village, là où se trouvait la vieille église romane dans laquelle Marco savait pouvoir trouver le père Marcellin.

    Il découvrit le vieux curé agenouillé devant l’autel, dans la pénombre. De dos, le prêtre ressemblait à l’une de ces statues primitives, squelettiques et tordues comme du bois de noyer. Marco demeura campé, immobile, à l’entrée de la nef, attendant que le père Marcellin eût achevé de dire ses prières. Au bout de quelques minutes, le prêtre se releva péniblement et se tourna vers celui dont il avait deviné la présence.

    - Me cherchez-vous, mon fils ? demanda-t-il, d’une voix chevrotante.

    - Oui, mon père. Je m’appelle Marc Modelli et je suis officier de police judiciaire. J’aimerais vous entretenir des meurtres de la ferme des Garrotières.

    - Vous voulez parler de ces pauvres malheureux que les gens du village surnommaient les Sans-Culottes ?

    - C’est ça, mon père.

    - Je croyais que cette affaire était tombée dans l’oubli, que les enquêtes qui se sont succédé avaient échoué. On s’y intéresse donc encore !

    - Vous avez raison de dire que les enquêtes ont échoué jusqu’à maintenant mais j’appartiens à une équipe spéciale chargée de rouvrir le dossier.

    Le curé leva les bras au ciel.

    - Mon pauvre garçon, je suis le premier à m’en réjouir mais que voulez-vous que je vous apprenne de plus aujourd’hui ? Ces pauvres malheureux ont été tués par des suppôts de Satan. Si la Justice des hommes est incapable de retrouver leurs assassins, le jour viendra où Dieu les jugera.

    - La Justice des hommes n’a pas dit son dernier mot, mon père. Verriez-vous un inconvénient à me conduire là-haut et, si possible, à me présenter à la famille qui habite la ferme voisine ?

    - Les Fantoni ?

    - C’est cela, les Fantoni.

    - Si vous y tenez ! soupira le prêtre. Mais je crains bien que vous perdiez votre temps sur tous les tableaux. Les Fantoni ne veulent plus entendre parler de cette affaire et la ferme des naturistes est à l’abandon.

    - Nous verrons cela après, mon père ! Pour l’instant, j’aimerais quand même m’y rendre.

    Marco ne regretta pas d’avoir cédé à l’insistance du père Marcellin qui tenait à toute force à le véhiculer dans sa vieille Méhari. Le chemin sur lequel ils s’engagèrent était à ce point défoncé qu’il aurait cassé la suspension de la voiture de location. Marco décida d’aller directement à la ferme des Garrotières. Il avait hâte d’être en prise directe avec la scène de crime qu’il avait imaginée à la lecture du dossier. Les dernières centaines de mètres furent extrêmement pénibles à parcourir. Les ronces avaient envahi le chemin et les pluies avaient creusé de profondes ornières. La pauvre Méhari souffrait mille griffures et mille soubresauts.

    - Je ne suis pas revenu ici depuis l’époque des meurtres, déclara le prêtre. D’ailleurs, plus personne ne s’y aventure. Depuis cette histoire, on l’appelle la ferme maudite.

    Le curé stoppa sa voiture dès que la maison fut en vue. L’esplanade qui les séparait de la bâtisse était envahie par les herbes folles et des arbustes avaient commencé à pousser entre les dalles. L’endroit était sinistre mais, curieusement, il s’en dégageait une grande sérénité. Marco comprenait aisément pourquoi les naturistes avaient choisi ce lieu. On sentait presque planer la présence des anciens occupants. Contrairement aux gendarmes qui avaient fait porter leurs premiers soupçons sur des gens du village, Marco imaginait mal des autochtones menant une expédition punitive contre une petite communauté qui, même si elle contrevenait aux principes de la morale villageoise, vivait terrée à plusieurs kilomètres du bourg et ne se mêlait jamais à la population.

    Le père Marcellin restait immobile et silencieux, comme s’il se recueillait. Son visage était livide. La table sur laquelle les victimes avaient pris leur dernier repas en compagnie de leurs bourreaux était encore là, rongée par la pluie, le soleil et le gel. Les couverts avaient disparu, à l’exception de quelques assiettes que le vent avait balayées et dont des éclats gisaient encore au sol, entre les herbes folles. Les fenêtres de la maison étaient barricadées par des planches clouées. Les scellés de la porte avaient été arrachés et ses deux battants, dégondés, pendaient misérablement. Ce qui avait été une scène de crime minutieusement décrite et analysée dans le dossier, le lieu habitable que décrivaient les clichés des gendarmes, n’était plus qu’un champ de ruines envahi par la végétation. Les deux hommes contournèrent la bâtisse. Ce qui avait été le jardin ressemblait à une friche où commençait à prospérer un début de garrigue. Qui aurait pu s’imaginer qu’une cérémonie épouvantable s’était déroulée là, quatre ans auparavant, que des hommes avaient pu y enterrer vivants d’autres hommes, les avaient vu disparaître un à un, sous la terre meuble, en captant dans leur ultime regard l’horreur et la souffrance de leurs derniers instants. Marco n’eut pas besoin du prêtre pour localiser les sept trous. En laissant courir son regard, sous l’ombre aérée du fenouil sauvage, il parvint à deviner sept taches plus foncées, en forme de rectangles. A ses côtés, le père Marcellin s’était recueilli. César crut voir des larmes couler sur ses joues. Il se mit à psalmodier : « Mon Dieu, ce n’est pas possible. Mon Dieu, ce n’est pas possible. » Il s’était mis à hoqueter. Marco posa sa main sur son épaule. Etait-il raisonnable que ce fût lui, un mécréant fini, qui réconfortât un prêtre ? En règle générale, c’était le contraire qui devait se produire. Il chercha les mots susceptibles de l’apaiser.   

    -  Ils avaient été drogués. Ils n’ont probablement pas souffert.

    En même temps qu’il prononçait ces paroles, Marco savait qu’il mentait, que le dérivé d’hysope administré aux victimes avait causé chez eux une paralysie des membres mais n’avait en aucun cas supprimé leur état de conscience. Ils s’étaient parfaitement rendu compte de ce qui leur arrivait.

    - Mon garçon, quand j’ai fini de dégager la terre qui recouvrait son visage, si vous aviez vu ses yeux. Je n’avais jamais vu l’expression d’une telle terreur dans le regard d’un être humain. Ils se sont vus mourir, mon fils ! Ils se sont vus mourir ! scanda-t-il. Dieu de miséricorde ! Comment cela est-il possible ?

    Marco l’arracha au spectacle de ces tombes, encore trop présentes dans la nature et dans son esprit, pour retourner à la Méhari. Il n’y avait plus rien à espérer de ce lieu voué à une malédiction éternelle où la nature allait poursuivre patiemment sa reconquête, jusqu’à effacer un jour toutes les traces de la barbarie des hommes. Le chemin disparaîtrait avant longtemps et seuls le curé et les plus anciens des villageois conserveraient vivante, pendant quelques années ou quelques décennies, la mémoire de ces crimes. Ils la perpétueraient, en la remodelant, en lui redonnant un sens compatible avec la morale des hommes. Ensuite, avec le temps, cet évènement tragique serait sublimé et deviendrait légende, cette redoutable machine à effrayer les enfants pour les maintenir sur le bon chemin et à transformer le crime des hommes en malédiction, les déchargeant ainsi de leurs responsabilités. On ne parlerait plus alors de naturistes, d’ostracisme et de routards mais d’âmes égarées, d’esprits malins et de mauvais sort. Ces pensées renforcèrent Marco dans l’idée que son athéisme et son matérialisme profonds étaient plus que jamais justifiés. Pour autant, à le voir dans un tel état d’affliction, il ressentait pour le vieux curé un sentiment qui ressemblait à de l’affection.       

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 16:18

Le pas de porte où Claire A exposait ses toiles était situé au rez-de-chaussée d’une maison de village qui donnait à l’arrière sur un paysage vallonné et paisible. Partout, aux murs et à même le sol, ses dernières créations étaient à la portée de tous ceux qui, un brin connaisseurs et financièrement à l’aise, pouvaient investir dans une peinture dont François était convaincu qu’elle finirait un jour par être l’une des plus belles cotes du marché et par se vendre dans le monde entier. Il avait déploré que cette jeune artiste surdouée en fût réduite à sacrifier partiellement à une peinture alimentaire, avec quelques toiles consenties au goût du grand public et qui tranchaient avec les œuvres qu’elles côtoyaient et où explosait son véritable talent. Le marasme du marché en avait décidé ainsi et les plus grands dans l’histoire de la peinture en avaient été réduits, à un moment ou à un autre, à ce type d’expédients. Il avait eu une pensée pour Jane qui aurait aimé le triptyque aux poires qui éclaboussait de sa splendeur l’entrée de l’atelier et qu’il avait acheté contre mille euros, en se promettant de lui en réserver la surprise dès que cette affaire serait terminée. Il goûtait avec un plaisir avide à cette escapade dans l’un des plus beaux endroits de la montagne provençale d’où l’on pouvait admirer à des dizaines de kilomètres à la ronde, et presque jusqu’aux rives de la Méditerranée, la beauté ondulante du massif des Maures. Il avait retrouvé un peu de sérénité, fait une pause dans un parcours agité dont il sentait la fin proche sans savoir si elle serait ou non l’issue dramatique qu’il redoutait.

 

Nature-morte-aux-coings--de-Claire-O--3--copie-1.jpg

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 09:54

Charleville-Mezières, le 14 juillet 1996,

 

    Marthe ne connaissait plus ni week-ends, ni jours fériés. Désormais, elle se rendait à l’hôpital de façon quotidienne. Plus de jours de repos. Elle travaillait sans relâche. Ses collègues s’étonnaient de cette assiduité qu’ils assimilaient à un zèle suspect. Le peu de sympathie qu’elle suscitait dans le service avait fini par s’évanouir. On n’aime pas ceux qui s’écartent de la norme. Isambert, lui, s’en inquiétait. Le psychiatre voyait d’un mauvais œil ce surinvestissement et redoutait plus que tout de voir l’infirmière glisser dans une empathie trop forte avec sa protégée.

    - Ma chère Marthe, il convient de conserver une distance avec les patients, surtout avec ceux du type de Juliette Laffont. Il n’y a rien de plus dangereux que la dérive fusionnelle dans laquelle vous êtes engagée. Pour elle, comme pour vous. Vous êtes trop proche d’elle, vous allez vous brûler les ailes.

    Il avait dit cela sur un ton paternaliste, protecteur, comme le simple conseil d’un praticien expérimenté à une jeune infirmière trop investie dans sa mission mais Marthe savait qu’au besoin, il n’hésiterait pas un seul instant à intervenir avec fermeté. Il pouvait tout simplement l’écarter de la chambre 12, pour l’affecter à un autre service. C’était la pire chose qui pouvait lui arriver. De cela, Marthe ne voulait à aucun prix. Elle préféra jouer franc jeu. Elle demanda et obtint une entrevue avec son chef de service.

    Isambert accepta de la recevoir le jour de la Fête nationale. Une date bizarre pour une telle rencontre. En fait, il était comme elle, scotché à son service, négligeant sa vie familiale pour consacrer l’essentiel de son temps à ses malades. On racontait qu’il était en instance de divorce, que sa femme ne supportait plus de le voir passer ses journées et une partie de ses soirées à l’hôpital. Il pouvait difficilement reprocher à Marthe sa présence sur son lieu de travail. Cela ne faisait d’ailleurs pas partie de ses intentions. Ce qui le tracassait, c’était le côté fusionnel de la relation qui s’était établie entre les deux femmes. Une complicité qui échappait à son contrôle depuis qu’il avait autorisé l’infirmière à gérer elle-même la périodicité du traitement et jusqu’à sa posologie, la dimension la plus technique, celle qui relevait strictement de la compétence du médecin. Quelle imprudence il avait commise ! Dans quelle folie s’était-il engagé ? Et, surtout, comment allait-il pouvoir changer le cours des choses ?

    Marthe s’assit devant l’immense bureau gris sur lequel s’amoncelaient les dossiers qu’Isambert n’avait pas le temps de ranger et, pour tout dire, que son tempérament naturellement désordonné ne l’inclinait pas à mettre en ordre. Sa secrétaire avait renoncé à lui forcer la main. Elle avait adopté la nonchalance de son patron comme un mode de vie commode et agréable. Puisque lui s’en accommodait, pourquoi pas elle ? D’ailleurs, aurait-il supporté qu’elle vînt se mêler de ce qui se trouvait sur son bureau ? Les dossiers s’entassaient et il répugnait à leur consacrer le temps que ceux-ci réclamaient. Son truc, c’était la proximité des malades, l’entretien qui lui permettait de pénétrer les âmes, de mettre à nu leur subconscient. Les relevés d’analyse, les prescriptions médicamenteuses, l’analyse des effets des traitements ne l’intéressaient que médiocrement. Tout au plus y consacrait-il le minimum de temps nécessaire à la bonne gestion de son service, c’est-à-dire au suivi de ses patients. Il prescrivait parce qu’il fallait bien le faire mais il déléguait l’essentiel de ce travail de soin au personnel infirmier. Par contre, il raffolait des  séances de psychothérapie qui étaient devenues son activité principale. Il ne se lassait pas de ces plongées dans le subconscient de ses malades. Il avait gardé en mémoire les propos de l’un de ses anciens chefs de clinique : « Le cerveau de la plupart de nos patients ressemble à Beyrouth. Il faut parvenir à trouver le Passage du Musée. » Il avait consacré sa carrière à chercher ce passage, convaincu que les traitements chimiques n’étaient que des palliatifs et le temps un escroc de première. Maintes fois, il regrettait de n’avoir pas ouvert une officine de psychothérapeute. Non seulement, il aurait fait fortune mais il aurait pu se consacrer à plein temps à se mouvoir dans les méandres de leur subconscient alors qu’ici, il ne faisait que veiller sur des âmes mortes. Certaines acceptaient de se livrer, de lui parler de leurs souffrances et l’autorisaient, l’espace de quelques séances, à pénétrer leur intimité psychique. Il n’en tirait en général qu’un maigre résultat, un soulagement passager de ses patients, avant le retour dans la douleur profonde qui les tenait, soit dans une prostration totale, soit dans des bouffées délirantes. L’essentiel de leur traitement résidait dans le médicamenteux, la chimie, ce compartiment de la médecine qui l’ennuyait et qui alimentait les dossiers amoncelés sur son bureau.

    Il avait fondé sur le cas de Juliette Laffont de grands espoirs. Elle avait assassiné ses parents. Cet acte, hautement symbolique, lui ouvrait les portes d’une aventure thérapeutique hors du commun. Il représentait à lui seul la quintessence du rêve freudien. Mettre à jour les circonstances particulières qui avaient, chez cette jeune fille, ressuscité le crime d’Œdipe, il y avait là matière à l’une des plus belles études dont Freud lui-même n’eût osé rêver. Mais Juliette Laffont lui avait échappé. Malgré l’amertume causée par cet échec, il avait assez de lucidité pour admettre que cette gamine qui se tenait devant lui, bardée d’un simple diplôme d’infirmière et d’un semblant de spécialisation, était en passe de réussir là où il avait échoué. Ce petit bout de femme, assise en face de lui avec sa mine contrite, était en train de ramener à la vie une patiente qu’il croyait à tout jamais perdue dans les arcanes de la folie, dans le Beyrouth où l’on ne pouvait pénétrer. Il fallait admettre que le Passage du Musée n’était accessible qu’au prix de renoncements ou, plus exactement de concessions, comme la confiance aveugle accordée à Marthe. Pour accéder au Beyrouth secret, il avait besoin d’un passeur et la jeune infirmière remplissait cet office. Beaucoup de choses rapprochaient les deux femmes : leur âge, leur hypersensibilité et sans doute beaucoup d’autres traits de caractère. Marthe n’avait pas eu besoin de recourir à quelque technique que ce fût pour gagner la confiance de Juliette. Douceur, patience et disponibilité avaient été les ingrédients de base de cette reconquête. Marthe souhaitait lui parler et il n’avait jamais été aussi impatient de l’entendre. Il toussota, prit un coupe-papier qu’il tritura pour se donner une contenance et invita l’infirmière à prendre la parole.

    - Vous avez souhaité me parler. Je vous écoute. Comment va notre patiente ?

    Marthe était décidée à ne pas emprunter de détours pour aborder le cœur du sujet.

    - Plutôt bien. Je dirais même très bien puisqu’elle a commencé à parler. 

    Le psychiatre bondit sur son siège.

    - Comment cela ? s’exclama-t-il, elle parle et vous ne m’avez rien dit ! Depuis quand ?

    Marthe sentit son visage s’empourprer. Qu’importait ! Il fallait assumer.

    -  Depuis environ un mois. Je ne vous ai rien dit parce qu’elle me l’a demandé. J’ai eu peur de tout compromettre en la trahissant.

    Isambert cherchait à dominer sa colère. Néanmoins, sa voix tremblait. 

    - Etes-vous consciente de la gravité de votre comportement ? Vous auriez pu me faire confiance. J’aurais été capable de garder pour moi votre confidence. Ne vous ai-je pas accordé suffisamment ma confiance pour être payé de retour ?

    - Pardonnez-moi ce qui est certainement de ma part une faute mais c’est précisément en raison de cette confiance que vous m’accordiez que j’ai pris cette initiative. Sans cette confiance, jamais je ne serais parvenue à ce résultat.

    En même temps qu’il l’écoutait, Isambert commençait à comprendre les raisons qui avaient conduit sa collaboratrice à se montrer aussi assidue depuis plusieurs semaines. La jeune femme avait compris la nécessité d’une présence continue, d’une régularité sans faille dans la communication avec la patiente, pour gagner sa confiance, la maintenir et l’amener à s’ouvrir. C’était sans doute une leçon de ténacité et de modestie à méditer. Finalement, cette femme lui ressemblait par bien des côtés. Avec quelques années d’études supplémentaires, elle aurait sans doute fait une excellente thérapeute.

    -  Est-il indiscret de vous demander ce qu’elle vous a confié ?

    - En fait, pas grand’chose. Il semblerait qu’elle ait vécu un épisode traumatisant dans son enfance, vers l’âge de dix ans. Une histoire que ses parents auraient étouffée. Je n’ai pas réussi à en savoir davantage. Elle s’exprime par images, ne nomme pas clairement les choses. Son discours semble codé et je ne dispose pas des clefs. Je crains qu’il s’agisse d’une affaire de violences, voire d’abus sexuels.

    -  Un inceste ?

    -  Je l’ignore.

    - Voilà pourquoi il est important que je sois informé et que, le cas échéant, je puisse l’entendre. Je suis le thérapeute et, si vous me permettez de filer votre métaphore, je ne dispose pas du trousseau entier mais je possède quelques clefs qui pourraient m’aider à comprendre l’origine réelle de son traumatisme.

    Il poursuivit.

    -  Vous pensez-vous en mesure de la convaincre de me parler ?

    -  Il n’y a rien de moins sûr.

    -  Pourtant, vous allez essayer.   

    Après un instant d’hésitation, Marthe reprit la parole, la voix peu plus assurée.

    - Je me suis permis, chaque soir, de noter tout ce qu’elle me disait dans la journée. Voici ce journal, ajouta-t-elle, en sortant de son sac, un petit cahier d’écolier. 

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 12:18
La Dracénie au coeur d’un polar

Jean Michel LecocqJean-Michel LECOCQ présentait la semaine dernière son dernier polar “Portrait Robot” dans la librairie Lo Païs où son livre est disponible à la vente. Habitant aujourd’hui à Trans en Provence, c’est tout naturellement que la Dracénie est venue s’inviter pour décor de l’intrigue où s’illustre son personnage principal, le capitaine Tragos.

Auteur français né dans les Ardennes, le 19 avril 1950. De formation littéraire, Jean Michel Lecocq complète son parcours universitaire par une formation en droit à La Sorbonne. A sa sortie de l’Ecole normale, il embrasse la carrière d’enseignant. Après un séjour professionnel au Canada, il enseignera quelques années dans les Ardennes avant d’exercer les fonctions d’inspecteur de l’Education nationale. Sa première apparition dans le monde de l’édition remonte à 1981, avec la publication, chez Millas-Martin, d’un recueil de poèmes. En 1992, il publie, sous l’égide de Centre régional de documentation pédagogique de Reims, un ouvrage consacré à l’enseignement du vocabulaire. Retiré dans le Var où il a terminé sa carrière en qualité d’Inspecteur d’académie, il publie, en 2009, son premier roman, Le secret des Toscans, un polar historique dans lequel il dévoile sa passion pour l’Histoire. Avec Le Christ jaune, paru en 2010, il change totalement de registre et entraîne le lecteur dans le milieu de la peinture et des musées, pour un second polar tout aussi palpitant que le précédent.

En mars 2013 est publié : Portrait Robot aux éditions L’Harmattan.

1996 : Juliette Laffont s’évade de l’hôpital psychiatrique où elle a été internée après avoir assassiné ses parents. Dans sa cavale elle commet encore cinq meurtres avant de se suicider. 2011 : plusieurs crimes sont commis ; l’arme utilisée et le mode opératoire sont les mêmes que pour les meutres perpétrés quinze ans plus tôt par la défunte Juliette Laffont. Le capitaine Tragos est chargé d’enquêter sur cette ténébreuse affaire, il va essayer de reconstituer ce qui ressemble à un curieux puzzle.

Extrait de l’avis d’un lecteur :

“Avec Portrait-Robot, nous quittons le XVIe siècle, cher à l’auteur, pour une plongée quelques siècles plus tard à cheval entre XXe et XXIe. A la fois thriller et polar psychologique, “Portrait-Robot” est un petit bijou, un travail d’écriture minutieux, une enquête passionnante, réfléchie et mûrie avec habileté, brio et imagination. A l’image de son capitaine Tragos qui n’hésite pas à parcourir de nombreux kilomètres pour les besoins de l’enquête et qui, le soir venu, déambule dans les rues de la ville pour surprendre les conversations, glaner des informations, l’auteur n’hésite pas à balader son lecteur au coeur de deux enquêtes qui se rejoignent pour n’en former qu’une seule…”

→ Vous pouvez retrouver Jean-Michel Lecocq sur son blog : Ma fabrique de polars

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 16:37

Le site d'information Dracénie.net vient de me consacrer un bel article où mon dernier polar, Portrait-robot" dont l'intrigue a pour cadre principal la région de Draguignan, est à l'honneur. Voici le lien http://www.dracenie.net/la-dracenie-au-coeur-dun-polar/ 

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 10:23

article-sedan.jpgPortrait-robot est à l'honneur dans deux quotidiens régionaux : l'Union-L'Ardennais et Nice-Matin dans son édition varoise. Deux journalistes qui ont lu mon polar l'ont apprécié et en parlent avantageusement, voire avec enthousiasme. Voir les articles ci-joints.

 

Portrait-robot, de Jean-Michel Lecocq, Editions L'harmattan, mars 2013, 304 pages, 25 euros.article-maxime.jpg

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 19:42

Encore un commentaire plus qu'élogieux sur "Portrait-robot". Mes chevilles ne vont tarder à enfler. Ce genre d'avis est très réconfortant et me booste pour poursuivre mon travail d'écriture.

 

Par Mosquito TOP 500 COMMENTATEURS
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Juliette, un si joli prénom pourtant... mais qu'elle déteste, tout comme elle déteste ses parents. Jolie comme un coeur, frêle et délicate, prisonnière d'un lourd secret, une meurtrière pourtant... évadée de l'hôpital psychiatrique où elle a été enfermée contre son gré, dans l'indifférence générale. Juliette, devenue Clara, s'échappe de sa prison pour tuer de sang froid, encore et encore... Aussi, lorsque bien des années plus tard des meurtres sont commis dans le département du Var, la petite ville est sous le choc, les faits se reproduisent à l'identique à quinze ans d'intervalle et mille kilomètres de distance... même arme, même façon de procéder, aucun témoin semble-t-il. Pire, les balles proviennent de l'arme que Juliette a utilisée... sauf que Juliette n'est plus, son corps gît dans la forêt des Ardennes depuis fort longtemps maintenant.
Une enquête complexe, déroutante, impossible attend le capitaine Tragos qui se trouve face à un vrai puzzle dont certaines pièces sont manquantes...

Avec "Portrait-Robot", nous quittons le XVIe siècle, cher à l'auteur, pour une plongée quelques siècles plus tard à cheval entre XXe et XXIe. A la fois thriller et polar psychologique, "Portrait-Robot" est un petit bijou, un travail d'écriture minutieux, une enquête passionnante, réfléchie et mûrie avec habileté, brio et imagination. A l'image de son capitaine Tragos qui n'hésite pas à parcourir de nombreux kilomètres pour les besoins de l'enquête et qui, le soir venu, déambule dans les rues de la ville pour surprendre les conversations, glaner des informations, l'auteur n'hésite pas à balader son lecteur au coeur de deux enquêtes qui se rejoignent pour n'en former qu'une seule, deux enquêtes dont l'une est le point de départ et l'autre l'aboutissement quinze ans plus tard. Le lien entre les deux se fait avec une aisance déconcertante, tant l'écriture est fluide, la progression constante et la logique implacable.
L'enquête est menée de façon méthodique, à la manière d'un psychanalyste conduisant sa séance et celle d'un fin limier menant son investigation. Les portraits et personnalités sont décortiqués, les raisonnements cohérents, l'action énergique, le rythme soutenu, la curiosité du lecteur sans cesse mise à l'épreuve. C'est un véritable jeu de patience, un puzzle en construction, où petit à petit les pièces s'ordonnent, s'imbriquent les unes aux autres pour trouver leur place définitive.
A plusieurs reprises, le lecteur se dit "Ah ! J'ai trouvé !" presque déçu d'avoir compris si vite, mais ce serait méconnaître l'auteur qui a plus d'un tour dans son sac et surtout beaucoup de talent pour brouiller les pistes et ne pas céder à la facilité. Bien au contraire, il bouscule son lecteur, lui imposant un effort de réflexion pour mériter un dénouement tant espéré.
Vous l'aurez compris, c'est un thriller qui m'a fait passer quelques heures absolument délicieuses, une expression écrite riche, une maîtrise de la langue française parfaite où le moindre mot est méticuleusement sélectionné... Que du bonheur, merci monsieur !108_0756-copie-1.JPG
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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 09:13

Voilà quelques semaines - si ce n'est quelques mois - j'avais annoncé que je m'attelais à l'écriture, soit d'une nouvelle, soit d'un roman, en prenant comme point de départ, ou comme prétexte, le tableau qui figure en photo de couverture de ma page personnelle et que je poste en illustration de cet article. "Les Bavardes", tel est le titre de cette toile que j'ai acquise voilà une vingtaine d'années à Villefranche-de-Conflent. Tel doit être aussi le titre du roman que je me propose d'écrire. Finalement, ce sera un roman. J'ai laissé l'idée décanter très longtemps, au point de me sentir " en panne d'écriture ". Alors que je commençais à m'inquiéter du temps qui s'écoulait sans pouvoir passer à la phase d'écriture, voilà que l'inspiration m'est venue hier. Le cheminement souterrain de l'intrigue a eu besoin de plusieurs semaines pour que les personnages prennent leur place, pour que les éléments de l'histoire se positionnent dans un ordre logique et pour que l'intrigue prenne un sens fini. Hier, j'ai pu enfin transcrire dans un tableau cartésien les éléments qui constituent la fable, c'est-à-dire le déroulement linéaire de l'histoire. C'est ce que les formalistes appellent "la fable" ( Cf. mon précédent article sur ce thème ). A présent, après avoir procédé à quelques ajustements, il va me falloir mettre en place la distribution de ces éléments tels qu'ils apparaîtront au fil du roman. Ce sera ce que les formalistes appellent "le sujet". Le travail d'écriture proprement dit pourra démarrer dans quelques jours. Il commencera par un tri des éléments évoqués ci-dessus, leur mise en ordre et un script, chapitre par chapitre. Le personnage principal, enfin mon enquêteur, sera le capitaine Tragos, devenu entre temps commandant. J'avais annoncé que j'en ferais un personnage récurrent. C'est fait. Ce nouveau polar aura pour cadre la ville de Sainte-Maxime. "Les Bavardes" sera mon septième roman. Eh,oui, vous avez bien lu : le 7ème. Le cinquième, "Rejoins la meute" est en cours de relecture, le sixième est rédigé et devrait être retravaillé et publié à la charnière de 2014 et de 2015. Il n'a pas encore trouvé son titre définitif. "Les Bavardes" risque(nt) de n'être publié(es) qu'au cours de l'hiver 2015-2016, si je respecte mon rythme de publication. A moins que je n'inverse l'ordre de parution des manuscrits. On verra en temps utile. Voilà pour l'actualité de mon activité d'écriture.

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 16:52
Jean-Michel Lecocq, nouveau maître du polar

Publié le vendredi 22 mars 2013 à 10H24 - Vu 215 fois

Plusieurs commentaires ou articles de presse dont je reproduis ci-dessous deux exemples me réfèrent ( je n'ose pas dire me comparent ) à Fred Vargas. C'est un honneur que je ne pense pas mériter mais je ne boude pas mon plaisir. Il est vrai que je suis un inconditionnel de celle qui est à mes yeux la plus grande auteure de polars de l'Hexagone et que mon ambition consiste, comme elle, à créer dans mes romans une atmosphère. Je commence aussi à créer des personnages récurrents et des équipes d'enquêteurs comme c'est le cas dans "Portrait-robot" qui vient de sortir et comme ce sera également le cas dans "Rejoins la meute", à paraître l'hiver prochain. Retrouver des personnages familiers comme Adamsberg, Danglar, Estalère et Retancourt, ou encore la bande à Vandoosler est le premier des charmes que je trouve dans les romans de Fred Vargas. Pouvoir développer ce type de retrouvailles dans mes prochains polars est ma première ambition. Ensuite, je souhaite, comme le fait admirablement Fred Vargas, développer une littérature populaire, attachante, qui suit les fils d'un écheveau complexe que l'intrigue dévide doucement, pour le plus grand plaisir des lecteurs. A l'image des nombreux aficionados de Fred Vargas qui fréquentent quotidiennement mon blog, je suis impatient de découvrir son prochain opus.
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SEDAN (Ardennes). L'ancien inspecteur de l'Éducation nationale de Sedan dégaine son quatrième polar, un authentique thriller qui relie les Ardennes au Var.

 

 

 

"Une jeune fille s'évade d'un hôpital psychiatrique et au cours de sa cavale, sur les routes ardennaises, abat successivement cinq hommes avant de se suicider.
«Portrait-robot», le dernier polar de Jean-Michel Lecocq, démarre pédale au plancher et croise très vite deux séries de meurtres inexpliqués, l'une survenue en 1996 dans les Ardennes et la seconde, quinze ans après, à Draguignan en 2011.

Quel est le lien entre ces deux affaires ? L'enquête donne des maux de tête aux enquêteurs et des bouffées d'angoisse au lecteur confronté à un puzzle infernal.
Depuis son premier polar, Le secret des Toscans paru en 2009 chez l'Harmattan, jamais encore l'ancien inspecteur de l'Éducation nationale n'avait trempé sa plume dans une encre aussi noire. Car l'intrigue se noue autour du plus insoutenable : le viol impuni d'une enfant, abandonnée ensuite par ses parents.

« J'ai voulu écrire un vrai thriller explique l'auteur qui livre son quatrième opus en moins de cinq ans. Dans ma tête, j'avais l'histoire totalement imaginée d'une jeune fille qui part en stop et assassine les hommes qu'elle croise sur sa route. Pourquoi ? Quel était son mobile car il y en avait forcément un. J'ai tourné et retourné dans ma tête ce premier chapitre autour duquel j'ai finalement construit un synopsis. »
Pour les besoins de l'intrigue qui explore les arcanes de la maladie mentale, l'ancien fonctionnaire natif de Bogny-sur-Meuse, a relié deux régions qu'il connaît bien : ses Ardennes natales, cadre du Secret des Toscans qui se déroulait dans l'ancienne principauté de Sedan où il a exercé pendant une dizaine d'années, et le Var où il vit désormais.

L'école à la loupe

Si l'histoire ne manque ni d'action ni de rebondissements, l'inspecteur Lecocq ne cède pas à la frénésie de la plupart des polars américains. Plus proche d'Henning Mankell ou de Fred Vargas que d'un Michael Connelly, il prend le temps de brouiller les pistes, de ralentir la cadence grâce à une prose élégante et de passer en mode pause pour brosser quelques portraits plus vrais que nature. Ceux de gendarmes, de policiers, d'un psychiatre, mais aussi d'un inspecteur de l'Education nationale plutôt corsé, ce qui ne manque pas de sel au vu du parcours de l'auteur. « Un personnage trop caricatural pour être vrai » prévient Jean-Michel Lecocq qui a néanmoins voulu évoquer pour les besoins de son roman, cette administration « qui explore la vie des élèves et des familles mais n'aime pas trop que l'on vienne sur ses plates-bandes ! »
Au final, ce savant suspense ne se dénoue que dans les dernières lignes, à la faveur d'un rebondissement inattendu. Si l'Education nationale a perdu, pour cause de retraite méritée, l'une de ses « Iden », le polar français, lui, a trouvé un de ses nouveaux maîtres.

Ce passionné d'histoire et d'énigmes qui lève le voile sur son travail d'écrivain dans son blog (*) confie avoir déjà deux manuscrits d'avance sans compter quelques esquisses de romans plus anciens, momentanément oubliés au fond d'un tiroir. Portrait Robot pourrait même marquer le début d'une série, avec comme personnage récurrent, le capitaine Tragos.

* www.mafabriquedepolars.com
Jean-Michel Lecocq viendra dédicacer son nouveau polar à la librairie Lenoir de Sedan, vendredi 29 mars, de 16 heures à 19 heures, et samedi 30 mars, de 10 heures à 12 heures : Portrait-robot, chez L'Harmattan, 25 euros.

 

Dominique BERTHÉAS
 
 
 
 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 DE FRED VARGAS... à JEAN-MICHEL LECOCQ... 3 décembre 2012
Par Mosquito TOP 500 COMMENTATEURS
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C'est de nuit et dans le froid que Jacques Chélande, musicien de 70 ans, parcourt le long trajet qui devait le conduire à l'église des Cordeliers, dans ce Paris du XVIe siècle. Nous sommes le 24 février 1572 et, vous l'aurez deviné, le vieil homme n'honorera jamais ce rendez-vous... Son assassinat étrange et inexpliqué fait suite à une série de meurtres, tous commis un 24 du mois, dans différentes églises de Paris.
Mais quel est donc le point commun entre toutes ces victimes, si ce n'est un étrange signe gravé dans la paume de la main droite ?
La guerre civile menace et la situation est suffisamment grave pour que la reine Catherine de Médicis, prie son filleul Vincenzo de quitter Florence pour la rejoindre à Paris : une bien délicate mission attend le jeune homme...

Fidèle à l'Histoire, Jean-Michel Lecocq plonge immédiatement le lecteur dans un cadre et une atmosphère dignes de l'époque. Il n'est donc pas surprenant de croiser, au cours de cette lecture, un Ronsard, un Agrippa d'Aubigné ou un Ambroise Paré. Si l'auteur fait revivre ces personnages célèbres et dépeint les moeurs, la vie et les mentalités de l'époque, l'enquête est exploitée à la manière de nos auteurs contemporains : riche idée donc de faire "cohabiter" 2 époques, 2 styles que plusieurs siècles séparent.

Une écriture très agréable et fluide, un respect des expressions et mots utilisés au XVIe siècle, le tout dans un français parfait.
Une habileté à conduire l'intrigue, un rebondissement à 6 pages de la fin et un dénouement qui vient à point.
Une lecture que je recommande aux amateurs de polars historiques et aux amateurs de polars tout court. Il est à noter qu'après une longue et minutieuse enquête, c'est un "détail" qui permettra de faire la lumière sur cette recherche qui a donné bien du fil à retordre... un savoureux détail... mais je n'en dis pas plus.
Petit reproche à l'éditeur qui a laissé passer des fautes d'orthographe alors que l'auteur a une maîtrise parfaite de la langue.
 
 
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