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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 08:55

illustration portrait-robot

Bouillon, Belgique, le 15 août 1996,

 

    Le jour pointait et, entre les planches verticales qui servaient de parois à l’étrange endroit où elle avait élu domicile, Clara vit apparaître les premiers rayons du soleil. Elle contempla, de longues minutes, la poussière qui dansait dans la lumière encore blanche du matin. C’était la première nuit qu’elle faisait d’une traite. Un sommeil profond qui avait rattrapé les insomnies des nuits précédentes. Il faisait déjà très chaud et pourtant il ne devait pas être plus de huit heures. La température retombait à peine pendant la nuit mais elle aimait cette chaleur. La moiteur de sa peau ne la dérangeait pas. Juste une odeur de transpiration un peu plus forte que la veille. «  Je commence à puer », se dit-elle, sans se culpabiliser outre mesure. Elle décida qu’elle irait se baigner l’après-midi, dans la Semois qui coulait non loin de son abri de fortune. Elle se tremperait au milieu des herbes, là où personne ne pourrait la voir et laverait ses vêtements avec le morceau de savon récupéré au supermarché. Elle avait trouvé refuge dans ce qui ressemblait à une grange ruinée, un de ces séchoirs à tabac tombés en désuétude et auxquels les gens du pays ne portaient plus le moindre intérêt. On y stockait du foin pour les bêtes, l’hiver. On y remisait aussi le matériel agricole obsolète et personne n’aurait songé à s’aventurer sur les planches vermoulues où, autrefois, on mettait à sécher les feuilles de tabac. Trois jours s’étaient écoulés depuis son arrivée. Trois longues journées à tourner en rond, à gamberger, histoire de retrouver ses marques. « Il fallait survivre. C’était la priorité ». Le peu d’argent qu’elle avait en poche ne lui permettrait pas d’aller bien loin. «  Trouver un moyen de vivre à l’œil, le temps de faire le point et d’imaginer le futur. Quelques jours, une semaine peut-être, mais pas plus. Trop près de la frontière. Trop risqué. La police belge a dû être prévenue de ma présence possible. Eviter d’être trop visible. Me fondre dans l’environnement. »

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 20:23

24-copie-1Meurtres en série chez les musiciens



Même époque, même ambiance mystérieuse : avec son nouveau thriller 24 qui vient de paraître chez L'Harmattan, Jean-Michel Lecocq renoue avec le XVIe siècle de Catherine de Médicis, où se déroulait déjà son premier roman, Le secret des Toscans.
Sauf que cette fois l'intrigue ne se déroule pas dans l'ancienne Principauté de Sedan, mais à Paris. Et que les meurtres frappent des moines membres de l'académie de musique et de danse du roi. Le soupçon plane sur les Calvinistes, objets de toutes les haines. Mais
Catherine de Médicis qui n'est pas convaincue de cette thèse, demande à son jeune filleul Vincenzo
Tramoni de démasquer le ou les coupables de ces ignominies.
L'enquête retorse et ténébreuse à souhait, plonge le lecteur au cœur de la société du XVIe siècle, bouleversée par les idées réformistes et qui finit par sombrer dans la folie meurtrière.
Entre la peinture vivante et chatoyante de l'époque, et le fil d'une intrigue où se multiplient les fausses pistes, les pièges et les rebondissements, Jean-Michel Lecocq tient en haleine le lecteur.
Quelque part entre Alexandre Dumas et Fred Vargas, l'ancien inspecteur de l'Education nationale de Sedan, réussit à séduire autant les curieux d'histoire que les amateurs de polars. Et ce jusqu'aux dernières lignes de cette partition ciselée, lorsque le visage du tueur apparaît là où on ne l'attendait pas.

L’Union, 21 avril 2012.

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 11:45

Lorgues, Dracénie, le 12 mai 2011,

 

    Le mardi, Bastien se rendait à Aix pour se réapprovisionner. Tous les mardis. C’était devenu un rituel. Il quittait Draguignan sur le coup des deux heures et prenait la route départementale jusqu’à Saint-Maximin, histoire d’éviter le péage de l’A8. Il n’y avait pas de petites économies. Et puis, la départementale était bien plus agréable. Cela lui prenait une heure de plus mais c’était sans importance. Il avait le temps et il considérait ce voyage comme un moment de détente. Seule la pluie qui venait avec l’automne et qui récidivait au printemps lui enlevait le plaisir de la route. Ces jours-là, il lui arrivait d’emprunter l’autoroute, mais seulement ces jours-là. Au début, Marthe l’accompagnait puis elle avait renoncé. «  Trop long et trop ennuyeux ! », lui avait-elle déclaré. Un jour – il ne savait trop pourquoi – il avait fait un crochet par Lorgues où Sahra tenait son dépôt-vente. Elle avait fermé sa boutique et l’avait accompagné à Aix. Ils avaient répété à plusieurs reprises ce manège avant qu’il ne devienne une habitude. Marthe n’en savait rien et Bastien n’avait nullement l’intention de lui avouer ces escapades. C’était devenu son jardin secret. Après tout, c’était elle qui l’avait lâché.

    Ce mardi-là, Bastien ne trouva pas Sahra. Le dépôt-vente était fermé. Il grimpa l’escalier qui menait à l’étage. L’appartement lui aussi était bouclé. Il trouva les clefs à l’emplacement habituel, derrière une poterie, où elles étaient à peine dissimulées à la vue des visiteurs. L’appartement était vide et Sahra avait disparu. Comble de malchance, il prit conscience d’avoir oublié son portable à la maison. Impossible de la joindre, d’autant qu’il ne connaissait pas par cœur son numéro. L’inconvénient de toujours s’appuyer sur son répertoire !

    Bien qu’il ne l’eût pas prévenu de son passage, elle ne pouvait ignorer que c’était le jour de leur escapade à Aix. Chaque fois, elle l’attendait devant le magasin et sautait dans la camionnette pour ne pas perdre de temps. Ce mardi-là, elle ne l’avait pas appelé, elle ne l’avait pas informé de son absence et il en concevait de l’inquiétude. Il inspecta l’appartement où tout semblait en ordre. Sahra avait effectué un semblant de rangement, le lit était fait et le réfrigérateur n’avait pas été réapprovisionné. C’est en pénétrant dans la chambre que Bastien s’aperçut qu’il manquait quelque chose : un objet qui lui était familier, un objet placé dans un endroit insolite, un objet qui s’imposait chaque fois à sa vue au beau milieu de leurs ébats, tout simplement parce qu’il était perché au-dessus de l’armoire, face au lit et qu’on ne voyait que lui, un objet dont l’absence, aussi palpable que sa présence, indiquait que Sahra était partie pour plusieurs jours et Dieu seul savait où : sa valise. La garce s’était absentée, sans doute pour plusieurs jours, sans le prévenir. Partie en voyage, sans lui laisser le moindre petit mot d’explication. Il rageait, en même temps qu’il sentait l’inquiétude le gagner. Il s’était passé quelque chose d’anormal pour que Sahra disparaisse de la sorte, sans crier gare. Elle n’avait pas de famille, pas vraiment d’amis, à part lui, et elle ne s’absentait jamais. Ce déplacement à Aix devenait subitement une corvée, non seulement en raison de la solitude du voyage, mais aussi parce qu’il se sentait paralysé par l’inquiétude. Il tenta de se raisonner.  « Sahra est une grande fille, indépendante et qui n’a pas de compte à me rendre. Si elle s’est absentée, c’est qu’elle a de bonnes raisons. Je me fais tout un cinéma pour pas grand-chose. Après tout, même si nous entretenons une double vie, elle n’est plus ma compagne depuis plusieurs années. Elle est libre de ses mouvements et n’est pas prisonnière de mes habitudes. Elle a oublié notre déplacement à Aix, voilà tout. Elle a dû être appelée en urgence. Peut-être un déplacement lié à son travail. »  Mais, il avait beau dresser l’inventaire de toutes les raisons plausibles à l’absence de Sahra, Bastien ne parvenait pas à se rassurer. Il décida de passer au café où son amie avait ses habitudes, sur la place du village.

    Max, le patron, le connaissait bien pour l’avoir vu, à maintes reprises, venir prendre un verre avec elle. C’était devenu le quartier général de Sahra depuis qu’elle avait racheté ce petit dépôt-vente. Elle y venait boire son café du matin, son verre de rosé un peu avant midi et, les après-midi d’été, sa bière aux alentours de cinq heures. On y croisait toutes sortes de personnages hauts en couleurs auxquels se mêlaient, de juin à septembre, une nuée de touristes ou de routards qui y entretenaient une ambiance bruyante et colorée. Bastien aimait l’atmosphère de ce lieu singulier qu’il préférait à celle plus convenue des bistrots de Draguignan. Max était venu à sa rencontre.

    - C’est du rare de vous voir seul ! lui lança-t-il, avec la mine faussement réjouie et l’air interrogateur de celui qui pressent qu’un problème va surgir.

    Bastien décida de jouer la carte de la dramatisation. Pas vraiment un mensonge mais une simple exagération de la situation, une façon de provoquer les choses, peut-être la conviction naïve qu’ainsi il arracherait au cabaretier une confidence sur ce qui se passait.

    -  J’avais rendez-vous avec Sahra mais, visiblement, elle a disparu sans me prévenir. Je n’y comprends rien. Ça m’inquiète.

    Dramatiser pour forcer l’autre à la confidence, comme si l’inquiétude allait culpabiliser le cabaretier et l’obliger à lui fournir une explication. Comme si Sahra avait pu faire de ce type le complice de sa fugue ! « Je m’absente mais je n’ai rien dit à Bastien. S’il passe, dites-lui que vous ne m’avez pas vue, que vous n’êtes au courant de rien. Mieux, que vous êtes le premier étonné que je ne sois pas au magasin. »

    Le visage de Max n’exprima aucune surprise. Au contraire, il avait visiblement une explication à fournir mais avec cette expression stupide ou, plus précisément, l’absence d’expression de celui qui, quelques secondes auparavant, ne savait pas mais qui vient d’avoir une révélation.

     - J’ignore si il y a un rapport avec son absence, commença-t-il. Ce matin, elle est venue, comme chaque jour, boire son espresso. Il devait être aux alentours de neuf heures. Elle m’a semblée tout-à-fait normale. De bonne humeur même. On a plaisanté. Je me demande même si elle ne m’a pas dit qu’elle devait fermer le magasin cet après-midi. Elle m’a réclamé le journal. Je lui ai tendu l’exemplaire de Var-Matin qui traîne toujours sur une table, pour les clients. En voyant la première page, elle a lâché un « Merde, ça alors ! » retentissant. Elle a ensuite lu l’article en page deux. Elle a eu l’air d’avoir un second choc. Elle a englouti son café d’une traite et a filé sans même me dire au revoir. On aurait dit qu’elle avait vu sortir le Diable du journal.

    - Vous pouvez me le montrer, ce journal ? 

    - Il est là, répondit Max, en montrant un Var-Matin froissé, posé sur une table du fond.

    Bastien s’en saisit et le retourna pour voir la première page. Il fut saisi d’effroi. A la Une de Var-Matin, s’étalait le portrait-robot de la jeune femme recherchée dans le cadre de l’enquête sur les meurtres de la Dracénie, avec une manchette qui ne laissait planer aucune ambigüité : « La police recherche une suspecte aperçue sur les lieux de deux des quatre crimes commis en Dracénie ». Il n’était pas étonnant que ce portrait-robot ait stupéfié Sahra et l’ait glacée d’effroi, comme il l’était lui-même à cet instant.

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 10:37

La technique du puzzle est au coeur de mon prochain polar "Portrait-robot" qui devrait sortir cet hiver, tout du moins je l'espère. Tout au long de ce roman, je file la métaphore du puzzle, jeu éminemment représentatif de ce qu'est le déroulement d'une enquête policière. Pour cela, je me réfère aux propos de Georges PEREC, mon auteur de référence, tels qu'ils figurent dans le préambule de son roman, La vie, mode d'emploi : " Considérer isolément une pièce d'un puzzle ne veut rien dire ; elle est seulement question impossible, défi opaque ; mais à peine a-t-on réussi, au terme de plusieurs minutes d'essais et d'erreurs, ou en une demi-seconde prodigieusement inspirée, à la connecter à l'une de ses voisines que la pièce disparaît, cesse d'exister en tant que pièce : l'intense difficulté qui a précédé ce rapprochement, et que le mot puzzle - énigme - désigne si bien en anglais, non seulement n'a plus de raison d'être, mais semble n'en avoir jamais eu, tant elle est devenue évidence : les deux pièces miraculeusement réunies n'en font plus qu'une, à son tour source d'erreur, d'hésitation, de désarroi et d'attente". Ainsi, j'essaye, dans mes polars, de restituer ces caractéristiques propres à toute enquête policière : l'observation minutieuse, patiente, le tâtonnement mais aussi l'intuition géniale, l'inspiration miraculeuse qui, une fois que les enquêteurs ont franchi une étape dans la compréhension des choses, les placent devant de nouvelles interrogations, de nouveaux défis. Et il y a les fausses pistes : "... l'espace organisé, cohérent, structuré sera découpé non seulement en éléments inertes, amorphes, pauvres de signification mais aussi en éléments falsifiés, porteurs d'informations fausses : deux fragments de corniches s'emboîtant exactement alors qu'ils appartiennent en fait à deux portions très éloignées du plafond...". L'illustration de la couverture, si elle est acceptée par l'éditeur, symbolisera cette métaphore. Voilà, ci-joint, le projet que m'a proposé mon ami Joël MALICET, qui nous a malheureusement quittés cet été. En faire l'illustration de la couverture de "Portrait-robot" serait sans doute le plus bel hommage à lui rendre.illustration-portrait-robot.jpg

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 13:52

Mon dernier polar historique, 24, bénéficie de bonnes critiques. En voici un exemple puisé sur Amazon :

 

5.0 étoiles sur 5 On ne s'y croit pas : on y est ! 4 août 2012
Par TF
Format:Broché24'
Quel curieux titre ! Alors, les curieux ' -dont je suis- ' foncent à la première page de ce thriller' et le dévoreront d'une traite. Car tout, dans cet opus, tient le lecteur en haleine : la précision historique, l''efficacité du style so...

nt telles qu''il vous semble que Catherine de Médicis est une de vos cousines et qu''elle vient de vous inviter à dîner ! Ecriture magistrale mais jamais aveuglante : l''auteur, extrêmement discret mais bien présent, est au service du lecteur, dosant avec une finesse rare action, description, intrigue, pour arriver à un tel équilibre que l''on ne se croit pas à la veille de la Saint-Barthélémy : on y est !
L''argument policier est, lui aussi, des plus solides, l''accroissement du mystère et le dénouement sont remarquablement dans la tradition du thriller. Avec, en filigrane, une invitation discrète à méditer sur les grandeurs et les bassesses humaines. Intemporelles, cette fois.24-copie-1
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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:51

Un extrait du "Secret des Toscans"...

par Jean-Michel LECOCQ, mardi 9 octobre 2012, 09:47 · 

Lucques, le 10 octobre 1567,

L’homme qui pénètre sous le porche du palais Mansi avance du pas

assuré d’un familier des lieux. Il traverse la grande cour bordée

d’arches et se dirige vers le bâtiment du fond. La tour qui dresse son

immensité au-dessus du palais projette son ombre sur les parterres de

fleurs qui ornent le centre de la cour et qui, en cet automne prolongé

dans la douceur, composent encore une féérie de couleurs. Il fait doux

et l’homme vêtu d’un pourpoint de taffetas surmonté d’une fraise

commence à avoir chaud. Parvenu au bas de l’escalier à vis qui

conduit aux appartements, il hésite un instant puis grimpe d’un pas

rapide les soixante-dix marches qui mènent à l’étage. La salle dans

laquelle il entre est décorée de fresques gigantesques qui alternent

avec d’interminables tapisseries représentant des scènes de la

mythologie, en accord avec la mode en vigueur dans cette Italie du

XVIe siècle qui retrouve le goût de l’Antiquité. Elle est presque vide.

Seules deux tables complétées de quelques fauteuils tiennent lieu de

mobilier. L’homme qui doit le recevoir vient d’apparaître dans

l’ouverture cintrée qui relie les appartements et la salle de réception. Il

s’est arrêté comme pétrifié à la vue de son visiteur. Ce dernier en a

l’habitude. Les autres membres de l’entourage du Seigneur Mansi qui

l’ont reçu précédemment ont eu la même réaction comme tous ceux

qui le voient pour la première fois, sont stupéfaits devant la taille et la

carrure de ce géant haut de plus de six pieds qui semble tout droit sorti

d’un conte fantastique. Il émane de toute sa personne une impression

de puissance et de confiance en soi hors du commun. Quelque chose

qui impose le respect, voire la crainte. Son poil noir qui mange la

moitié de son visage ajoute à son caractère inquiétant. A côté de lui,

les centaures des fresques en seraient presque sympathiques et

rassurants. D’un geste de la main, le visiteur est prié de prendre place

à l’une des tables et son hôte s’assied face à lui.

L’homme qui le reçoit se présente :

- Mon nom est César Baldini. Je suis l’un des conseillers de

Sieur Mansi à qui appartient ce palais.

Puis il poursuit :

33

- Qu’avez-vous à apporter réellement à mon maître ?

Le géant reprend sans ciller et sans montrer la moindre lassitude, les

propos qu’il a déjà tenus lors des entrevues précédentes :

- Ma connaissance des hommes, du monde, des armes, du

commerce, en un mot, mon expérience.

- Vous avez beaucoup voyagé ?

- J’ai parcouru l’Europe entière, je comprends et je parle

plusieurs langues : le français, l’espagnol, l’anglais,

certains dialectes germaniques et j’ai même quelques

notions d’arabe et d’hébreux.

- D’où vous vient cette science des langues ?

- De mes voyages et de mon goût pour le commerce de mes

semblables.

- Et votre connaissance des armes ?

- Confrontez-moi à l’un de vos meilleurs bretteurs et vous

verrez !

- Et le commerce ?

- J’ai travaillé comme négociant dans plusieurs pays.

- A quel négoce vous livriez-vous ?

- L’or, l’argent, les épices et tout ce qui peut avoir une

valeur. Le savoir, aussi.

- Qu’entendez-vous par le mot savoir.

- Rien d’autre que ce que vous mettez vous aussi derrière ce

terme : la philosophie, les sciences, la morale et les

préceptes que dieu nous a enseignés.

- Avez-vous fait commerce des esclaves ?

- Rarement. Pour ainsi dire jamais.

- Au service de qui étiez-vous jusqu’alors ?

- Au service de Dieu.

- Mais encore ?

- N’ai-je pas été assez clair ?

- De quelle façon l’avez-vous servi ?

- De la meilleure des façons : en défendant les intérêts de

ceux qui le servent et en lui restant fidèle.

- Jusqu’où va votre fidélité ?

- Jusqu’à donner ma vie.

- Avez-vous déjà tué au nom de dieu ?

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- Plus que je n’aurais voulu.

- Etes-vous bon chrétien ?

- Autant qu’il le faut ! J’assiste aux offices et je fais mes

repentances.

- Qu’entendez-vous par « votre connaissance des

hommes » ?

- J’entends par que les hommes sont répartis entre

différentes catégories, qu’il m’est aisé de les identifier très

vite et de les traiter en conséquence.

- Dans quelle catégorie me rangeriez-vous ?

- Dans celle des hommes auxquels il convient de ne point

mentir car on risquerait d’exposer sa vie.

- Quel est votre nom, votre vrai nom ?

- Je n’ai pas de nom ou j’en ai trop. Appelez-moi Gianni

Gianni, L’ospedalere.

- Vous n’avez pas froid aux yeux. Vous savez que l’Ordre

des Hospitaliers est mort avec les Templiers, voici deux

siècles déjà et que ce patronyme ambigu peut vous attirer

des ennuis.

- C’est ce que vous croyez, Monsieur, mais je ne suis pas

inquiet et vous pouvez également être rassuré.

Baldini qui, tout au long de l’entretien, jetait de brefs regards à la

dérobée vers le fond de la pièce, avait en cela la même attitude que ses

prédécesseurs. Le géant avait remarqué que ces regards allaient en

direction d’un immense miroir fixé sur l’une des parois latérales. La

première fois, il avait pris cela pour un tic mais, très vite, au fil des

trois entretiens suivants, il avait compris que quelqu’un les observait,

sans doute derrière un miroir sans tain qui attirait inexorablement le

regard du questionneur. Comme l’avaient fait ses homologues à la fin

des séances précédentes, le conseiller Baldini sortit de la pièce pour

s’absenter quelques minutes puis revint s’installer en face du géant qui

s’attendait à être convoqué pour un sixième entretien qu’il aurait

accepté avec la même patience qui l’habitait depuis quinze jours qu’il

résidait à Lucques. Il fut surpris de la réponse.

- C’est chose acquise. Nous vous engageons. Nous

discuterons plus tard des conditions matérielles et

financières de votre contrat. Mon maître et ses fils ont

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prévu un voyage en France pour conforter leurs affaires.

Un homme de votre sorte leur sera d’un précieux

concours, j’en suis convaincu. Où logez-vous ?

- Dans une auberge de la via San Andrea.

- Bien, nous saurons vous contacter. Voici quelques ducats

pour vos besoins en attendant.

L’auberge il était descendu se trouvait à quelques centaines de

mètres du palais Mansi. Le colosse avançait d’un pas assuré dans une

rue bondée il ne passait pas inaperçu, sa silhouette massive et sa

mise originale attirant le regard des passants. Il venait de franchir une

étape déterminante dans la mission que lui avait confiée l’Ordre :

retrouver le trésor perdu dans une embuscade soixante-quatorze ans

plus tôt.

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 22:10

Faut-il entrer dans les codes de la littérature policière actuelle ?

par Jean-Michel LECOCQ, mercredi 26 septembre 2012, 22:09 · 

Il y a déjà un moment que je me demande si je ne me situe pas en décalage avec les canons actuels de la littérature et particulièrement de la littérature policière. Mes lectures récentes me confortaient dans cette hypothèse. Une expérience vieille de deux jours est venue l’étayer. Lundi, j’ai été interpellé par les propos d’une libraire. J’avais avisé, sur les rayons de sa boutique, un exemplaire du Mystère de la chambre jaune, de Gaston Leroux, et j’ai demandé à cette sympathique libraire s’il y avait encore une clientèle pour ce classique de la littérature policière. Non, m’a-t-elle répondu. Style dépassé, a-t-elle précisé. Pourtant, ce livre que je connais est très bien écrit, dans une langue classique, soignée. C’est une véritable œuvre littéraire et, de surcroît, l’intrigue est passionnante pour celui qui y plonge le nez pour la première fois.

Cette anecdote est révélatrice du trouble que vit aujourd’hui la littérature ou ce que l’on ose encore appeler ainsi. Aujourd’hui, la production littéraire a évolué et la langue écrite s’est rapprochée de la langue parlée. Il n’est que de lire certains best-sellers portés aux nues par la critique pour comprendre que l’image, au sens littéraire du terme, n’a plus le même sens et que la notion de style a totalement changé de définition. Certes, il existe, dans ce nouvel espace, des virtuoses capables d’inventer un nouveau langage. Je n’en veux pour exemple qu’un Marcus Malte dont le roman Les Harmoniques est à cet égard d’une puissance créative difficilement égalable. Gallimard ne s’y est d’ailleurs pas trompé, ce qui prouve que les éditeurs peuvent, parfois, faire preuve de génie. Je pourrais citer quelques autres noms, en France comme à l’étranger, dont la liste ne serait malheureusement pas très longue. Mais, à côté de ces brillants représentants d’une nouvelle forme de littérature, comme le furent en leur temps un Ferdinand Céline ou un Frédéric Dard, il y a la masse des spécialistes du prêt-à-porter qui maîtrisent à la perfection les codes actuels ( il existe bien une forme de codification ) et qui alimentent une littérature de masse, policière ou généraliste, pauvre et réductrice. Ils ont la cote auprès de beaucoup d’éditeurs qui y voient un argument de marketing avant la promotion d’une œuvre littéraire de qualité. Certains d’entre eux, meilleurs artisans que les autres, soutenus par un marketing agressif, parviennent même au sommet des ventes.

Pour ma part, je me refuse à entrer dans ce processus, quitte à me faite taxer de passéisme ou de conservatisme. Le voudrais-je d’ailleurs que je n’en serais peut-être pas capable. Je n’en ai de toute façon pas le goût. J’ai été nourri aux belles lettres, dans les œuvres des grands auteurs du XIXe ou du XXe siècles, ceux qui ont été les illustres précurseurs et les annonciateurs du roman moderne : Balzac, Flaubert, Chateaubriand, Maupassant ou encore Proust. J’estime que le roman policier ne doit pas rester un genre mineur, qu’il mérite les lettres de noblesse que lui ont permis de conquérir un Gaston Leroux, un Dashiell Hammett ou encore un Georges Simenon et qu’il peut puiser son inspiration stylistique dans le vivier des grandes œuvres.

Depuis quelques décennies, la massification de l’édition et la démocratisation du livre ont poussé la production littéraire à évoluer. Les exigences d’un lectorat élargi ont infléchi la politique des éditeurs, comme le travail de la plupart des auteurs. Politique des ventes oblige. Après avoir lu leur incipit ou les avoir feuilletés, j’ai renoncé à lire certains succès de librairie. J’aurai le bon goût de ne citer aucun nom mais plusieurs d’entre eux ont été honorés par de prestigieux prix littéraires. La lecture récente de la première page d’un best-seller actuel dont je tairai le titre est, à cet égard, éloquente : des structures syntaxiques répétitives, un style plat, un vocabulaire pauvre mais une roman facile à lire, susceptible de plaire à un large public.

Il reste cependant et heureusement d’incorrigibles amoureux de la langue française qui, obstinément, inscrivent leur travail d’écriture dans les traces de leurs illustres devanciers. Naguère encore, Pierre Combescot, Georges Pérec ou encore Eric-Emmanuel Schmitt nous en ont administré la preuve éclatante et ont contribué au rayonnement de la littérature contemporaine. Leur style n’est ni ampoulé, ni obsolète, leur écriture est scintillante et leurs livres lumineux.

Ma directrice de collection, à qui je disais ne voir dans mes ouvrages que de modestes polars, m’a fait sans doute l’un des plus beaux compliments qu’on m’ait jamais décerné. Elle m’a dit : « Ce ne sont pas que des polars, ce sont aussi de vrais romans ». J’en ai tiré la conclusion suivante : je n’écris pas pour le grand nombre, ce qui explique l’audience relativement réduite de mes livres, mais pour un public choisi, celui qui ne fera jamais les best-sellers mais qui sait apprécier mon écriture à sa juste valeur, vous mes chers lecteurs qui me faites le plaisir et l’immense honneur d’apprécier ma prose.

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 11:03

Un nouvel extrait de mon prochain polar, Portrait-robot...

par Jean-Michel LECOCQ, dimanche 23 septembre 2012, 11:02 · 

La scène se déroule à l'hôpital psychiatrique de Charleville-Mézières où Juliette Laffont a été internée après avoir été déclarée pénalement irresponsable du meurtre de ses parents.

Charleville-Mezières, le 20 mai 1996,

Marthe avait quitté son petit ami. Elle s’était lassée de ses incessantes excursions en Belgique et, surtout, les distractions que Freddy lui proposait achevaient de rendre ces déplacements insupportables. Finalement, les hommes ne l’attiraient pas plus que cela. Sa vie affective était redevenue le désert qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Tout du moins sa vie amoureuse car, au plan humain, la vie de Marthe s’alimentait depuis quelques mois d’un nouvel attachement. Juliette, la patiente de la chambre 12, prenait une part de plus en plus grande dans son existence. Après son internement, la jeune schizophrène s’était emmurée dans un silence profond. Toutes les tentatives pour établir avec elle une communication, fût-elle non verbale, avaient échoué. La violence n’était pas au rendez-vous mais, pour autant, Isembert et son personnel redoublaient de précautions. « Ses pulsions violentes sont latentes, avait-il précisé à son équipe, elles peuvent se manifester à tout instant et, surtout, au moment où l’on s’y attend le moins. »

Marthe ne prenait aucun risque. Durant tout l’hiver, elle avait prodigué à elle seule les soins que réclamait l’état de santé de la jeune femme. Devant le mutisme total de Juliette Laffont, Isembert avait renoncé, au terme de quelques séances, à la psychothérapie dans laquelle il avait pourtant placé tous ses espoirs. « Le remède risque d’être plus dangereux que le mal, avait-il assuré à son équipe en réunion de synthèse, elle est désespérante, totalement désespérante. On poursuit le traitement médicamenteux et on attend. » Cela sonnait comme un aveu d’impuissance et comme un renoncement. Marthe n’était pas loin de lui emboîter le pas, même si elle était la seule, lors des soins, à obtenir un regard, l’apparition d’une étincelle dans ces yeux que le thérapeute pensait définitivement éteints. Des signes infimes au milieu d’une prostration difficilement supportable. Juliette Laffont recevait ses soins, assise sur le bord de son lit, la tête rentrée dans les épaules, recroquevillée sur elle-même. Son corps tétanisé ne se détendait qu’avec l’effet de la piqûre pour laquelle Marthe devait, à chaque fois, trouver une parcelle de peau encore épargnée par les traces des aiguilles. La peau de ses bras et de ses épaules n’était plus qu’une monstrueuse étendue constellée de minuscules hématomes. « Un jour, je ne trouverai plus un seul endroit où pouvoir la piquer. Tout cela finira mal. » Cependant, Marthe nourrissait encore un espoir ténu de voir la jeune femme sortir de son isolement, rompre son silence pesant pour renouer une relation avec le monde des vivants. La patiente de la chambre 12 passait le plus clair de ses journées à dormir. Elle s’alimentait à peine, à tel point qu’Isembert avait songé à la placer sous perfusion. Elle ne touchait à aucun des objets que le psychiatre faisait placer incidemment dans sa chambre, comme autant de stimuli qui auraient pu éveiller en elle une amorce de réaction, un semblant de pensée active et la naissance d’une volonté de reprendre prise sur la réalité. Les objets restaient immuablement à la place même où les avait fait poser le praticien. Pourtant, au fil des semaines, Marthe avait remarqué que Juliette lui adressait des regards plus soutenus, tout en conservant une posture presque fœtale que la maigreur rendait plus horrible chaque jour qui passait. Pendant qu’elle assurait ses soins, Marthe ne cessait de lui parler, à voix basse, sur le ton de la confidence, comme si quelqu’un eût pu surprendre ses propos. Elle ignorait leur écho dans le cerveau de sa patiente mais elle parlait, parlait encore et toujours, comme on recommandait de le faire à une malade plongée dans le coma. A la longue, sa voix douce et musicale semblait avoir sur les muscles tétanisés de la jeune femme le même effet que la piqûre de tranquillisant. Elle en avait parlé à Isembert qui l’encourageait à poursuivre ses efforts. Elle avait eu accès à son dossier et avait pris le parti de l’appeler par son prénom d’emprunt : Clara. Cela, Isembert ne le savait pas. Il n’aurait pas apprécié. « Il ne faut pas l’entretenir dans son délire », lui aurait-il reproché.

Au matin du 114ème jour, le 13 mars 1996 très exactement, en entrant dans la chambre 12, Marthe avait ressenti une impression étrange, comme si sa patiente l’attendait. Pas comme jusqu’alors, de façon passive, subie, mais davantage comme un projet qu’elle avait lu dans ses yeux, en entrant dans la pièce. Depuis quelques semaines, elle avait obtenu d’Isembert le droit de laisser l’infirmier à la porte de la chambre, dans le couloir, à la condition, avait précisé le psychiatre, que celle-ci demeurât fermée et que la clef restât en possession de l’infirmier. Cette sempiternelle méfiance ! « Après tout, il a peut-être raison », avait admis Marthe. Ce jour-là, l’infirmière avait procédé comme à l’ordinaire, selon le même rituel. D’abord la préparation de la seringue, puis la recherche d’un endroit où enfoncer l’aiguille, ensuite l’application du tampon imbibé d’alcool. Il fallait viser juste, entre deux traces récentes, dans le gras de l’épaule gauche, là où elle avait pratiqué les dernières injections. Elle se préparait à enfoncer l’aiguille lorsque sa patiente, relevant avec peine son bras droit, lui saisit la main pour l’arrêter. Elle faisait aller sa tête dans un mouvement et avec une grimace qui s’associaient pour dire « Non. Par pitié, non ! ». Marthe ne fit rien pour contrarier sa patiente. Elle dut prendre un air stupide car elle crut deviner sur le visage de Juliette l’amorce d’un sourire, comme si la jeune femme s’amusait de sa surprise. C’était un sourire ou, plus précisément, une esquisse de sourire. Douloureux, certes, aux confins de la grimace, mais une réaction. Enfin. La première depuis quatre mois.

- Il faut, Clara, il faut, lui murmura-t-elle en souriant à son tour. C’est pour votre bien. Après, vous serez mieux pour que nous puissions parler.

Juliette avait de nouveau hoché de la tête pour confirmer son refus. « Pas question de la brusquer, se dit Marthe, et pourtant je ne peux pas interrompre le traitement. Il faut que j’en réfère à Isembert. » Elle insista pour que Juliette prenne ses pilules. Avec succès. Ce jour-là, elle resta plus longtemps que d’ordinaire, sans doute pour profiter de ce moment magique mais aussi peut-être pour guetter la survenue d’un effet négatif de son abdication. Elle eut le sentiment que Juliette l’entendait et même qu’elle l’écoutait. Avec peine, certes, mais elle cherchait à enregistrer ce que Marthe lui chuchotait de sa voix lente et douce. Il lui sembla que, pour la première fois, sa patiente avait retrouvé des couleurs, que des ondes positives parcouraient son corps. « Tu as réactivé ses méridiens », lui aurait dit Marc, un de ses copains du centre de formation qui s’était pris de passion pour la médecine chinoise. Il n’était pas encore l’heure de mettre un nom sur ce qui se produisait, Isembert s’en chargerait bien, le moment venu, avec son charabia de psy. Ce qui comptait, dans l’instant, c’était de ne pas lâcher ce fil qu’elle venait de tirer et surtout d’obtenir de son patron qu’il ne compromette pas ses efforts, en se drapant derrière son autorité de médecin, seul habilité à décider du cours d’un traitement, prérogative qu’elle était bien forcée de lui reconnaître.

Isembert n’avait pas apprécié l’initiative de son infirmière mais le tournant spectaculaire dans l’attitude de sa patiente l’avait troublé et il savait pertinemment que c’était là, en partie du moins, le résultat de l’action patiente de sa collaboratrice. C’est ce qui avait évité à Marthe de subir les foudres de son patron.

- On va laisser passer une journée, pour voir, décida-t-il. Ensuite, on avisera. Mais j’espère que vous êtes consciente du risque énorme que nous prenons.

En fait de risque, Marthe savait fort bien - et Isembert n’en était pas dupe - qu’un arrêt momentané des piqûres ne déboucherait pas sur une situation fatale. Une crise, peut-être, un accès de violence qui, compte-tenu des conditions de sécurité dont elle était entourée, ne risquait guère de mettre en péril la santé de Juliette. Le coup valait d’être tenté et Isembert en était tout-à-fait convaincu.

Marthe avait l’impression d’avoir gagné un round. Elle espérait beaucoup de la suite. C’était comme si elle avait ramené au port un esquif en perdition qu’elle se préparait à remettre en état. Dans les prochaines vingt-quatre heures, il ne fallait surtout pas qu’une crise survienne sinon tout serait compromis. Si tel était le cas, un autre qu’elle administrerait de force la piqûre et Juliette romprait à nouveau, et peut-être pour très longtemps, les amarres. Ce soir-là, bien qu’elle ne fût pas croyante, Marthe adressa une prière au ciel pour que rien ne vienne ruiner le fol espoir qui l’habitait.

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 21:16
La chronique de Radio Massiabelle (1) :
Le livre du jour : 24 6/5/2012 

Le massacre de la Saint Barthélémy. Y a t-il un rapport avec cette tuerie et les soupçons portés contre les prostestants dans l'affaire des meurtres dans les églises ? Un filleul de Catherine de Médicis, le florentin Vicenzo, va chercher qui profane les lieux de culte par le sang et va suivre une piste...musicale.

24 est un roman réellement passionnant. Depuis Alexandre Dumas et Michel Zevaco, peu de romanciers se sont intéressés à cette époque sombre où politique et religion provoquèrent une véritable guerre civile. Jean-Michel Lecoq est dans la lignée de ses illustres prédécesseurs.

24 de Jean-Michel Lecoq L' Harmattan 204 pages 21


(1) Radio Massiabelle est située en Guadeloupe.

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 09:41

Ma littérature se porte-t-elle bien ou mal ? Si je m'en tiens à la diffusion de mes romans, je serais tenté de dire que la situation, sans être mauvaise, n'est pas des plus prospères. Je vends, certes, y compris sur les sites marchands, je fais des séances de signatures positives - je dirais même que je suis parmi ceux qui, lors des salons locaux, signent le plus - mais ce sont des succès épisodiques, dans des manifestations modestes. La Fête du livre de Toulon sera un juge de paix intéressant. Je publie chez un vrai éditeur, sans compte ou participation d'auteur, mais qui a un tel volume de production hors de la littérature qu'il ne peut se permettre d'avoir une politique de promotion à la hauteur des autres maisons d'édition. Voilà le premier problème : je ne publie pas chez un éditeur de littérature ( même si ce secteur représente près de la moitié de sa production ) et la visibilité s'en ressent.

Le second obstacle tient sans doute à un phénomène de mode : quand je lis certains polars ou thrillers, publiés par de grosses maisons d'édition, qu'ils soient français, nordiques ou américains, je constate qu'ils répondent à des critères qui ne sont pas les miens. Le style et le vocabulaire sont "bruts de décoffrage" et, même si les intrigues sont assez bien ficelées, elles n'ont pas l'épaisseur et le rythme qui me convient. Je suis encore de la génération Simenon ou Boileau-Narcéjac et, au plan de l'écriture, j'ai été bercé par des classiques. C'est une littérature qui ne fait plus vraiment recette. Pour preuve, chez certains auteurs en vogue, le mot "pute" revient fréquemment et les concessions à la langue parlée vulgaire sont nombreuses. Dans mes romans, je répugne à utiliser des termes comme "flic" ou "type" qui font, entre autres choses, le succès d'autres auteurs. Leur style est pauvre, les structures grammaticales sont répétitives. Impossible de me résoudre à utiliser cette langue. Je suis rassuré par le fait que des auteurs tels que Fred Vargas, Henri Loevenbruck, Karine Giebel ou encore Marcus Malte, dont la notoriété est indiscutable, n'en sont pas réduits à ces expédients. Il y a donc un espoir de voir fleurir encore une littérature policière qui ne se vautre pas dans la facilité et dans le vulgaire. C'est peut-être la raison pour laquelle je me sens si bien dans l'écriture de polars historiques.

Qu'on n'y voit surtout aucune prétention, ni aucun passéisme. J'écris aussi des polars contemporains qui s'inscrivent dans la culture d'aujourd'hui mais pas n'importe laquelle. Ce qui me rassure, c'est que le cercle de mes lecteurs compte de vrais amateurs de polars qui apprécient des auteurs de renoms et qui, parallèlement, me décernent des louanges et leur nombre va croissant. Je ne désespère donc pas de voir un jour mes polars élargir toujlours davantage le champ de leur audience et mon nom s'inscrire aux côtés de ceux plus connus précités.

Pour l'heure, je suis ravi que mes romans plaisent à un public choisi qui a, désormais, dépassé la cadre de mes amis et de mes relat108 0025ions proches. J'ai des retours positifs d'inconnus des quatre coins de France et c'est encourageant.

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